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vendredi 22 novembre 2024

Gladiator II, une merveille de réalisation signée Ridley Scott

J’ai retenu 4 choses du second opus de Gladiator : une réalisation magnifique dans un Rome reconstitué grandeur nature; des combats épiques comme on n’en voit presque plus dans le cinéma d’aujourd’hui; un Denzel Washington plus charismatique que jamais; une fin portée par un élan poétique époustouflant, accompagnée d’une musique qui m’a arraché des larmes acidulées.


Je ne vais pas spoiler les amoureux du 7e art comme moi. Je ne dévoilerai même pas l’intrigue. Mon appréciation se limitera à certains aspects techniques : les costumes, le décor et les caractéristiques de certains personnages.


La touche magique de Ridley Scott


Je vous le dis tout de suite : Gladiator II est une énorme production, au coût faramineux de 200 millions de dollars américains. Budgétivore, certes, mais une “énormité” orchestrée par un maître du cinéma : le réalisateur britannique Ridley Scott, qui avait déjà marqué les esprits avec le premier Gladiator, mettant en vedette Russell Crowe.


Ridley Scott est une légende du cinéma, connu pour son sens aigu du détail, capable d’immerger complètement le spectateur. Ses œuvres, quel que soit leur genre, se distinguent par leur esthétique visuelle, leur poésie et leurs innovations dans le design. Dès la première scène de Gladiator II jusqu’à la dernière, la maîtrise de l’éclairage, du cadrage et la direction exigeante des acteurs permettent à Scott de livrer un film qui mérite d’être vu sur grand écran.


Nommé à plusieurs reprises aux Oscars comme meilleur réalisateur sans jamais remporter la statuette, ce natif de South Shields, en Angleterre, repousse ici les limites du cinéma. Je serais surpris que Gladiator II ne lui apporte pas enfin cette consécration. Et je prédis également des récompenses pour la direction d’acteurs.


Jeu d’acteurs impressionnant


Il n’y a pas eu de performances approximatives dans ce film. Des rôles principaux aux seconds rôles, jusqu’aux figurants, tous ont excellé, rendant chaque scène vraisemblable. Grâce à la qualité exceptionnelle de la réalisation et de la photographie (éclairage), l’interprétation des acteurs contribue à une immersion totale, à tel point qu’on oublie pendant de longs moments qu’on regarde un film. On est pris, corps et âme.


Mais parmi tous ces talents, un se distingue particulièrement.


Denzel Washington : Tout simplement Denzel


Souvent choisi pour incarner des figures de leader et d’autorité, Denzel Washington n’a jamais été aussi charismatique que dans Gladiator II. Il apparaît pour la première fois à la 27e minute, et dès son entrée en scène, tout bascule.


Son interprétation est marquée par une expressivité contrôlée, alternant subtilité et puissance. Il incarne un contre-héros complexe, un vilain impossible à détester. Denzel joue ce rôle avec un sourire désarmant et une voix à la fois subtile et imposante. Dans Gladiator II, il incarne un personnage puissant, qui est même parvenu au sommet du pouvoir impérial à Rome, et laisse une empreinte mémorable.


Rome en grandeur nature


Les 200 millions investis dans Gladiator II trouvent leur justification dans la reconstitution immersive de Rome. Le Colisée, reconstruit à échelle réelle, est spectaculaire. Les plans aériens de la ville, crédibles pour l’époque, subjuguent le spectateur. Chaque détail, des ruelles aux palais, est soigneusement pensé pour ancrer cette cité légendaire dans le film.


Décor immersif pour Gladiator II


Le décor contribue largement à l’immersion. Bien que l’équipe ne soit pas à son premier voyage dans cette Rome antique, on sent ici une volonté d’aller encore plus loin. Qu’il s’agisse du palais impérial, des demeures des dignitaires romains ou des sombres couloirs des geôles des gladiateurs, tout semble authentique. Il faut aussi souligner que les costumes se sont fondus dans ce décor.


10/10 pour les costumes


Les costumes sont d’une justesse remarquable. Contrairement à certaines séries comme Game of Thrones, où des tenues peuvent paraître anachroniques, Gladiator II reste crédible. Le faste des seigneurs de Rome est bien mis en valeur, tout comme la rudesse des tenues des soldats.


Denzel Washington, en particulier, bénéficie de costumes qui reflètent parfaitement son rôle. Les couleurs, la richesse des tissus et leur texture contribuent à camper ce vilain charismatique qu’on adore suivre.



Gladiator II est une œuvre magistrale. Ridley Scott s’est surpassé, Denzel Washington incarne avec brio un personnage puissant, et l’ancien Rome renaît de façon spectaculaire. Avec des costumes sublimes et des performances impeccables, tout est réuni pour faire de ce film une expérience extraordinaire à vivre sur grand écran, idéalement en salle IMAX.


J’y étais. J’en suis ressorti ébloui. Et même “Now We Are Free” de Hans Zimmer m’a arraché des larmes à la fin.


Gladiator II ? Je vous le recommande, en toute âme satisfaite !


Gaspard Dorélien

Ottawa, 22.11.24 - 23h43


samedi 24 août 2024

Bélo, Ottawa, Intimité…

 Dix-neuf ans de carrière et une première prestation à Ottawa. Dans une atmosphère intime, l’artiste de Lakou Trankil a réinventé la scène du Richcraft Theatre, situé dans la chic banlieue d’Orléans à Ottawa. Ce samedi 24 août, Bélo a joué à guichet fermé, captivant un public conquis. Immersion dans un concert où la qualité musicale s’est harmonieusement mêlée à la finesse d’un auditoire averti.

Si le temps peut marquer certaines voix de ses rides, il a, chez Bélo, sublimé la sienne. Tout comme son physique, resté inchangé, le talent du Champion Découvertes RFI Musique du monde 2006 n’a fait que se bonifier. L’artiste engagé a offert à son public un moment de proximité, révélant ses origines, ses défis, ses interdits, et son amour irréversible pour la musique de qualité, ainsi que son attachement profond à son pays natal. Son engagement à chanter ce qui résonne pour Haïti a été au cœur de cette rencontre.

À 19h54, Bélo est monté sur scène sous les applaudissements enthousiastes du public. Le concert a débuté avec "Mizik a Jah", extrait de son premier album paru en 2005 sous le label Solèy Sounds, qui avait déjà marqué l’avènement de l’icône du Ragganga.

Avant le deuxième morceau, Bélo, avec une modestie empreinte de fierté, a partagé ses origines : celles d’un petit garçon rêveur, grandi dans un quartier défavorisé de la capitale haïtienne. En Haïti, la voie artistique est souvent décriée, perçue comme un chemin menant à la débauche, la drogue, et la pauvreté assurée par les parents. Sa mère, analphabète et "Dâme Sarah",voulait pour son fils un avenir stable, loin de la musique. Mais malgré ces interdictions, Bélo a suivi sa passion. S’il a étudié la comptabilité, c’est finalement la guitare qui est devenue sa compagne, sa voix singulière, reconnaissable entre mille, l’a porté sur la scène 

La deuxième musique exécutée est un hommage à ce que Bélo appelle une magnifique ville de son pays, Jacmel.

Entre la troisième et la quatrième chanson, Bélo a raconté l’histoire de "Jasmine", l’unique titre de son premier album qu’il n’a pas écrit. C’est avec celui-ci que le public l’a découvert en 2005. Il a été sur toutes les lèvres à cette époque. Entrainant à souhait, ce texte écrit par Moneyrich, a été enregistré, gracieusement, pour la première fois en 1996, dans le studio du géant de la musique haïtienne, Dadou Pasquet.

Jasmine n’a pu être distribué dans les différentes stations de radio de la capitale pour une seule raison: une cassette de marque TDK Type II. Celle-ci coûtait à l’époque 25 gourdes. L’équivalent de de 25 sous canadiens au taux d’aujourd’hui. Toute l’équipe de Bélo réunie, le manager compris, n’avait pas les moyens pour acheter plusieurs TDK Type II que les radios exigeaient pour recevoir une musique destinée à être diffusé en onde. C’était pour une bonne cause, car l’énorme succès de Jasmine en 2005 à imposer Bélo dans le registre des fabricants de la musique de qualité en Haïti et ailleurs. 

Le public qui pouvait intervenir dans les intermèdes a pressé Bélo de revenir. Surtout à l’hiver pour rameuter, à travers sa musique, la chaleur d’Haïti dans le froid glacial du Canada. 

Pendant deux heures, le public du Richcraft Theatre a voyagé dans l’Haïti du début du millénaire, avec Bélo interprétant seize titres de son répertoire. La soirée a été marquée par des moments d’émotion intense (une âme sensible a versé discrètement de chaudes larmes sur Lakou Trankil). 

À 21h23, les dernières notes du légendaire Lakou Trankil retentit dans la salle, où toutes les chaises, le temps de son exécution, étaient orphelines. Petits, très petits et grands se sont donnés à coeur joie dans ce morceau aux paroles qui réclament la paix, le changement et le respect dans ce qui est considéré comme la plus petite agglomération dans l’espace rural d’Haïti: lakou. Si tous ont dansé, chanté, une certaine personne, obnubilée par une chronique nostalgie d’Haïti, n'arrêtait pas de s’éponger les joues, d’où ruisselaient des larmes brulantes. 

21h40, Jasmine, revisité à l’occasion, a enflammé le théâtre. Ce morceau est resté dans le coeur, la tête et l’âme des plus anciens et a aussi été bien accueilli sur le territoire des plus jeunes. 

Cette prestation de Bélo, loin d’être ordinaire, a été marquée par des éléments extraordinaires. Le guitariste, le batteur, le claviériste et le bassiste, qui n’en étaient qu’à leur deuxième collaboration avec Bélo – après un concert à Montréal la veille –, ont joué avec une telle aisance qu’on aurait pu croire qu’ils accompagnaient l’artiste depuis toujours. Ottawa, habité par un public réputé casanier, a pourtant offert à Belo un événement affiché complet dès le vendredi précédent. Parmi les spectateurs, des enfants de 7 ans côtoyaient des sexagénaires, et tous, d’une seule voix, chantaient les succès de Bélo.

Bélo en toute intimité à Ottawa, un moment de qualité, une communion sincère avec un artiste dont le talent continue de séduire une audience sélective. Le prochain arrêt de l’artiste sera dans le Connecticut, aux États-Unis, le 3 octobre.

Ottawa
24.08.24
23h58



samedi 6 avril 2024

Danser à minuit sous zéro degré

C’était du compas. J’ai reconnu les pas. Elle portait un manteau rose et un jean bleu. Et lui, un veston en cuir couleur marron. Il était minuit passé de trois minutes. J’ai été témoin de la plus mignonne scène romantique que le Canada m’ait jamais offerte.


Sur le Chemin de la Côte Sainte-Catherine, à Montréal, il faisait 3 degrés avec un ressenti de zéro degré, pourtant un jeune homme et une jeune fille semblaient vouloir arrêter le temps et défier la température, briser les codes de la normalité; vivre et profiter de l’instant présent; exprimer la gratitude d’être ensemble; profiter d’un instant de bonheur que les interdits ne sauraient leur ôter et penser en dehors de la boîte.

 Ils dansaient devant un complexe d’appartements en ignorant les voitures qui passaient; moi qui me suis arrêté pour les observer; les petites vieilles qui pourraient les épier à partir de leurs fenêtres; les conformistes qui pourraient les juger ou les envieux qui pourraient les maudire.

Ils se souriaient, se prenaient par la main, tournoyaient, "plogueaient"… Ils étaient tout ce que les autres s’interdiraient ou jugeraient ridicule. Ils dansaient, s’épousaient, faisaient parler leurs corps qui se comprimaient et s’écartaient alternativement.

C’était leur moment, leur musique, leur danse, leur jouissance et leur connivence.

 La danse s’arrêta, le cavalier déposa furtivement un bref baiser sur le front de sa coéquipière. Ils s’étreignirent, échangèrent des mots que je ne devinerais jamais. Elle entra toute seule, le jeune homme regagna son véhicule garé dans l’allée dont les portes avant étaient restées ouvertes. La musique qu'ils dansaient se jouait probablement dans la voiture. Je n'étais pas assez prêt pour confirmer. Il démarra rapidement, comme si, d'un coup, il reprenait conscience que le temps, lui, ne s'était pas arrêter le temps de son écriture chorégraphique.

En me dépassant, j’ai reconnu la fin du morceau intitulé “Lasyans” de Medjy du défunt groupe Enposib. Ma musique fétiche depuis novembre de l’année dernière. Dans tous les cas, “youn te sanble byen renmen lòt, san youn pa sezi”.

Gaspard DORÉLIEN 

Montréal 

07.04.24 

1h11 AM

samedi 4 mars 2023

Virginie Grimaldi a le don divin

Cette autrice ne crée pas juste des histoires. À l’instar de Dieu, elle crée des mondes, des êtres, des personnages plus vivants que ceux que l’imaginaire dessine quand on s’abreuve d’un récit.


J’ai pleuré sur le dernier chapitre de son roman “Tu comprendras quand tu seras grande” et davantage sur les derniers paragraphes de l’épilogue de “Les possibles”. Pour ce dernier, les larmes m’ont fortement brûlé la rétine. Les mots de Grimaldi doivent avoir cette magie qui peut catapulter le cœur et l’âme dans la galaxie du sensible. Cru. Tangible.

C'est décidé, j’adopte Virginie Grimaldi

Il y a une telle candeur dans l’image des héroïnes de ces deux romans; une indescriptible beauté dans les dires; un ressenti qui vous tord les tripes à chaque chapitre; un réalisme majestueux à chaque relance; un humanisme merveilleux dans les familles qu’elle nous offre comme amies tout au long de la lecture; une tendresse généreuse qui habite chaque pan de l’histoire. J’adopte Virginie Grimaldi. Je lirai tous ses romans avant l'été 2023. Promis.

Je termine à peine "Les possibles" que je commence déjà à dévorer “Le premier jour du reste de ma vie”. Ce sera au prix d’une promesse ratée que je m’étais faite: “terminer au 28 février 2023 le volumineux et entraînant roman “Americanah” de la très talentueuse romancière nigérienne, Chimamanda Ngozi Adichie. Je terminerai avant la fin de la semaine prochaine les 16 chapitres qui restent à abattre des 55 que contient ce petit bijoux de la littérature americano-nigérienne.


La découverte fortuite de Grimaldi

J’ai découvert Virginie Grimaldi grâce à la photographe, paysagiste et protraitiste, Sherlyne Volel, qui a posté sur le statut de son profil WhatsApp, en 2022, un extrait de “Il est grand temps de rallumer les étoiles”. Ce roman, je l’ai terminé à la première semaine du nouvel an. J’ai aussi lu que ses romans étaient du genre  “girly”. Mais après avoir été happé par le premier, je viens de dévorer comme un affamé de lettres, un deuxième ensuite un troisième et je me fonce, déjà tout conquis, dans la lecture d’un quatrième. J'en suis au 18e chapitre. Et je le répète: j'adopte cette autrice. Qu'on classe ses écrits dans la catégorie de littérature pour femme, je m'en moque. Je rejoins, yeux fermés, coeur ouvert, âme sensible... le club de ses groupies. 

J’ai toujours aimé les personnages féminins dans les romans. Et cette écrivaine sait comment les créer avec toute la force et la faiblesse d’une humaine qui est vraie. Singulière. Authentique. Le genre d'humaine aimable, aimante et inspirante.

J’ai versé des larmes pour chanter toute la beauté de ces livres. Je pleure souvent devant le charme d’une chanson mélancolique, devant la fin heureuse ou malheureuse d’un film savamment réalisé. Mais Grimaldi est la première à m’arracher des larmes pour un livre. Que dis-je? Deux livres. Cela doit être pour ça qu'elle est l'écrivaine française la plus lue.

Dans les trois romans de cette autrice française que j’ai lus jusque là, on fait connaissance avec des situations plus vraies que nature, décrites avec un humour non forcé. Les deux derniers romans mentionnés plus haut, sont de véritables “sprint” pour apprendre et maitriser l’art de la répartie. Vous comprendrez tout, si vous aussi, lisez ces palpitantes histoires drôles, profondément humaines, psychologiques et incontestablement vraies!

“Tu comprendras quand tu seras grande”

“Tu comprendras quand tu seras grande” est conté du point de vue d’une psychologue qui, pour échapper à ses démons, postule dans une maison de retraite, Les Tamaris"  pour encadrer les résidents. Alors qu’elle même mériterait d’être encadrée pour faire face aux maux internes qui la déséquilibre littéralement. Mais tant bien que mal, elle arrive à impacter, à même changer, pour le meilleur, l’existence de ces mamies et papis qui vont l’adorer et qu’elle affectionne fort bien aussi.
En tentant d’aider ceux-là et celles-là qui arrivent au crépuscule de leur vie, elle s’est aidée elle-même à remonter la pente des traumatismes qu’elle traine douloureusement. Mais il faut lire jusqu’à la fin pour comprendre que c’est à dessein qu’elle a été à cette maison de retraite. En bonus, elle y retrouvera l’amour. Je n’en dis pas plus. Je vous laisse découvrir, de par vous-même, les contours et les aboutissants de ce tendre roman. Le troisième roman que j’ai lu de cette autrice n’en fut pas moins exaltant.

Les possibles


Dans "Les possibles", Grimaldi nous installe au cœur des fortes émotions d’une héroïne aux prises de son père qui perd le contrôle de son psyché, de son fils qui accuse du retard d’apprentissage, de sa mère qui se rebelle contre les rides et les regrets d’un amour familial qu’elle n’a pas su vivre au complet.

On apprend dans ce roman comment la patience et la tolérance, quand elles deviennent indispensables dans le quotidien, sont des qualités qu’on peut nourrir et laisser grandir.

On y apprend aussi comment ne pas devoir regretter plus tard les beaux souvenirs générés dans l’amour parental. Comment vivre et profiter de chaque parcelle d’affection, d’attention, de rires… que la vie nous offre au sein de notre famille.

C’est une histoire touchante, mais excessivement drôle. Mais les fous rires que vous emmagasinerez dans chaque chapitre du livre, ne pourront pas retenir des larmes dans la lecture de la fin. Bon, aucune gratie pour les larmes si votre âme n'est pas pareille à la mienne. 

J’ai tellement aimé l’héroïne, les réparties de son père, que j’ai recommencé la lecture de plusieurs chapitres pour retarder la progression de l’histoire. Les personnages ont été miens. J’ai connu la peur qu’ils me manquent quand j’aurai à refermer définitivement le livre. Et je vis déjà le chagrin de ne plus les avoir aussi vivants dans ma tête. Merci Virginie Grimaldi. Avec ta plume, tu es l’égale de Dieu.

Gaspard DORÉLIEN, MA
Ottawa, 04 mars 2023

 

vendredi 12 août 2022

 

"Sous le ciel d’Haïti," du bonheur en chanson par Ti Corn

Ce n’est pas juste ma chanson préférée de tous les temps. Ce n’est pas juste les louanges d’une Haïti que même les plus optimistes ne reverront jamais. C’est un hymne à la beauté du son, de la musique, de l’harmonie… Sous le ciel d’Haïti de Ti Corn, un pur bonheur de moins de trois minutes 


Elle n’a pas écrit les paroles de cette chanson, longue de deux minutes et trente-neuf secondes. Elles sont de Marcel O. Gilles. Dit Tonton Gilles. Excellent compositeur capois, décédé en 2009. Ce sont des mots composés pour la voix de Ti Corn. Car elle épouse avec une sincérité décapante chaque phrase, chaque mot pour donner naissance à cette euphonie provoquant la chair de poule à chaque lecture. «Sous le ciel d’Haïti» est cette chanson que le temps ne vieillira jamais.

Une beauté absolue qui nous fait danser, sans demi-mesure, sur les cordes du bonheur. L’auteure de ce trésor en musique nous vient d’Allemagne, mais c’est le Cap-Haïtien qui l’a fait renaître haïtienne.

Cornelia Schütt-Richard pour l’Allemagne

Ti Corn pour Haïti Cornelia Schütt-Richard est née en Allemagne. En 1953. À deux mois, sa mère l’emmène dans la deuxième ville d’Haïti, le Cap-Haïtien. Sa famille y avait planté racine depuis 1832. Sur cette terre, elle sera rebaptisée Ti Corn par sa nounou haïtienne, Anna Colo. C’est à travers la voix de cette dernière qui veillait sur ses jours qu’elle a découvert la chanson traditionnelle et les contes d’Haïti. Anna, ne parlant que créole, par son amour a fait couler dans les veines de Ti Corn tout le rythme et la richesse de la culture haïtienne. Elle a été sa première source d’inspiration. 

Son lien avec les tripes de cette Haïti bariolée, riche, tumultueuse… qui battait la mesure candide de la musique caribéenne. Au Cap-Haïtien, elle a appris à être haïtienne en cheminant sur ses rythmes et dans la chanson et dans la danse. 

Sans se prétendre actrice, Ti Corn a joué dans Anita, de Rassoul Labuchin. Elle a tenu le rôle de Simbi et a prêté sa voix à la chanson thème du film, Anita. Les plus de trente ans ont sûrement été bercés par ses interprétations à succès comme «Colibri,» «Haïti chérie»… Mais «Sous le ciel d’Haïti», vidéoclipée, est celle qui, depuis ma tendre enfance, m’a toujours arraché cette larme de bonheur. Une chanson qui a aiguisé ma sensibilité pour la musique. La bonne musique.

«Sous le ciel d’Haïti» de A à Z

Cette chanson figure sur l’album «Haïti» qui a été réédité en 2010. Le groupe rap «Barikad Crew» l’a mis au goût du jour en reprenant une partie dans l’introduction d’une musique de son deuxième album.

«Sous le ciel d’Haïti», une voix bien assise sur un jeu enchanteur entre la douce vitalité de la guitare sèche et l'entraînante envolée du violon. C’est une guitare qui dandine sous un violon haletant. Elle introduit une voix posée, sincère et affirmative. 

Quand Ti Corn commence à chanter, le violon s’estompe et la guitare fait la route jusqu’aux dernières paroles placées en français. 

«Ah! qu’il est bon, qu’il est doux
 D’être vivant près de vous 
Bien au chaud, détendu 
L’esprit quiet, rigolant 
Sous le ciel d’Haïti 
Oui je l’avoue, j’en suis fière j’en suis folle 
Dieu merci et je chante» 

Le violon revient, solennel, doux, susurrant la mélodie sur des paroles qui donne le frisson à tout amoureux d’Haïti. Des paroles plaçant le pays sur un piédestal pour son originalité; le cachet paradisiaque qui le caractérise et les relations harmonieuses entre habitants. 
«Wi, pami tout peyi ke m konnen sou latè 
Sèl Ayiti orijinal li san parèy 
Paradi sou tè peyi de rèv 
Yon syèl de pè, kote lajan pa di bonè 
Kote tout moun se moun tout moun 
Lè gran maten gade tout moun kouman y ap viv 
Zanmou kouman w ye 
E tout moun, e lakay?» 

À mi-chemin du couplet ci-dessus, le violon ralentit, comme pour prendre son élan, et revient avec la force et la solennité du début pour lancer la strophe suivante. Dans celle-ci, on vante le côté pacifique du pays comparé à d’autres qui forgent des armes pour s’entretuer. Alors qu’en Haïti, on s’entraide, on fait la fête avec le tam-tam. 

«A! Nou pa konn ki gran bonè gen Ayiti 
Lòt ap fè zam pou yo touye tout frè a yo 
Nou n ap fè konbit graje manyòk 
N ap jwe gita, frape tabou fè kè kontan 
Anba pye bwa san kè sote 
Chak jou kon ti poul n al di Bondye yon gran mèsi 
Nou gen yon trezò 
Nan lapè paradi.» 

La même ligne harmonique se reproduit pour la dernière partie de la chanson. Les paroles dénoncent la violence présente dans le quotidien des grands pays. Elle termine pour confirmer qu’Haïti est l’idéal. 

«Nan gwo ki swadizan sivilize 
Krim pou chak jou se pa santèn yo kontwole 
Anbisyon lajan fè ke tout moun 
Pèdi bonte, vini sovaj, viv san pitye 
Kè yo byen di, tanpi pou lòt 
Ayiti cheri gade fòfè nan cinema 
Pa gade gwo kay, gwo foli 
Ou se lideyal manman m, ay! 
Ou se lideyal 
Ou se lideyal» 

Des déclarations positives de ce coin de terre que nous dépeçons chaque jour pour le transformer en enfer à quitter absolument par beaucoup... 

C’est une chanson savamment orchestrée dans une simplicité renversante. Une guitare sèche qui trémousse avec un violon conférant une incontestable solennité à des paroles singulières. Fortes. Chargées de sens. Des paroles d’une Haïti du temps longtemps. Des paroles qui vous scotchent dans un passé meilleur que le présent. «Sous le ciel d’Haïti» est ce court moment de bonheur pour les tympans, l’âme et l’amour d’Haïti. Indétrônable. C’est, de tous les temps, ma musique préférée. 
Merci Ti Corn.

Gaspard DORÉLIEN, Master of Arts



dimanche 3 juillet 2022

Bedjine va très bien

 J’ai pleuré sur “Tout va bien” de Bedjine, parce que c’est beau. Tout être sensible à la beauté doit décomposer en larmes en écoutant cette chanson. La voix, le texte, la mélodie… ont donné un élixir magique capable de remuer l’âme. Même la plus coriace. Bedjine va très bien!!!

Une oeuvre peut être étiquetée de réussite quand elle remplit la fonction d’émouvoir celui ou celle qui l’apprécie. Disons-le come il faut. Le chat doit être appelé par son non: chat! Le dernier morceau de la jeune artiste haïtienne, Bedjine, “Tout va bien,” est un sans faute! Elle a mis la juste voix et la bonne émotion sur une mélodie agréable pour nous servir une chanson parfaite. Ce n’est pas trop dire que de dire : ce que j’ai écouté dans la grisaille de ce dimanche soir est parfait. J’en ai pleuré dès la première écoute. Bedjine est définitivement cette eau fraiche qui manquait dans le parterre aride de la musique haïtienne. Tout va trop bien pour Bedjine.


Talent confirmé


Dans la jeune carrière de celle qui a déjà brillé aux côtés du rappeur K-Dilak, de l’excellent Richard Cavé… “Tout va bien” est une confirmation de l’immensité de son talent. Bedjine rejoint comme une fusée, le cercle très restreint des voix féminines haïtiennes qui n’ont pas pris d’assaut le micro. Elle est digne d’être appelée chanteuse. Elle a du mérite. Elle pas eu à forcer la porte d'entrée. Son talent l'a ouvert cette difficile voie.


Elle est loin de cette cohorte de pseudos chanteuses qui n’ont pas de talent pour un sous  et qui se déclarent “diva,” “queen,” dans la fragile “industrie” musicale haïtienne. Elle a cette voix capable de vous toucher au coeur. Celle-ci est vraie, limpide et bien travaillée. Elle est douce et agréable à l’oreille. Elle ne force pas pour faire sortir la doucereuse musicalité qui semble partir du tréfonds d’elle. Bedjine est douée pour chanter. Même des textes d’histoires surexploitées dans la musique. 


Le haut et le bas du texte


D’un texte assez banal, peu poétique, elle en a fait un chef d’oeuvre en le chantant. La seule force du texte est sa profondeur. Il parle de pardon et de non-revenge. La normalité ne renvoie pas toujours à cette posture de grandeur qui est celle de pardonner le bourreau. On sort grand et guéri quand on pardonne. Et ça, Bedjine en a fait un refrain dans “Tout va bien.” Ce que beaucoup ignore c’est que le pardon est une excellente thérapie contre les maux subis et contre les malheureux qui n’ont eu que du mal à offrir. 

Dans l’histoire narrée dans le texte, elle en sort victorieuse, non pas seulement à cause du karma, mais surtout qu’elle est guérie des maltraitances du passé parce qu’elle a pardonné et a renoncé à la vengeance.  


Le texte n’a toutefois pas volé haut. On y retrouve très peu d’images et une pauvreté poétique certaine. Mais dans l’ensemble l’oeuvre est sortie parfaite parce que la voix de Bedjine l’a élevée jusqu'aux cimes d’une musique mélancolique, touchante, qui bouleverse et qui doit faire couler des larmes. 

N’empêche que l’artiste doit donner un coup de balai à un certain visuel.


De la pub gratuite 


Faire partie du cercle des grands artistes exigent tout un “package.” Le talent est certes un atout important, mais pourvoir transmettre des émotions au public, capable de l’acquérir à la cause chantée, capable de le faire pleurer de joie ou de tristesse sont tous aussi indispensables. L’un comme l’autre. Bedjine a déjà confirmé qu’elle possède ces préalables. Elle a une présence sûre sur scène, à en croire les extraits de vidéo de ses prestations que j’ai eu le privilège de voir. Toutefois, elle joue dans la ligue des amateurs quand dans son paraitre elle est comme un panneau de pub pour des marques de qui elle ne tire aucun avantage. Dans plusieurs de ses vidéoclips elle affiche, sans discrétion, des marques de prêt-a-porter. Et elle a récidivé dans celle magistralement réalisée et bien éditée de “Tout va bien.” Un artiste n’a rien à prouver quand aux possibilités de se procurer des marques de renom. S’il réussit dans son activité, cela doit être un acquis. On a pas pas à montrer un acquis. Il est un fait. Si une marque doit apparaitre dans une vidéo, elle doit être l’objet d’un contrat de publicité comme le font tous dans le monde de la célébrité.


En attendant que de pareilles imperfections soient corrigées, jouissons de la perfection offerte dans “Tout va bien.” Cinq jours après la publication de la vidéo sur la chaîne  officielle de Bedjine sur la plateforme Youtube, le nombre de vues a déjà dépassé les deux millions. Dans le monde de la musique haïtienne, c’est déjà un signe de succès! Une preuve que tout va bien pour Bedjine!


Gaspard DORÉLIEN, Master of Arts (MA)




vendredi 7 février 2020

3 ans d’échec de Jovenel Moïse


Nul besoin d’être un opposant au pouvoir “Tèt kale” du poulain de l’égrillard Michel Martelly, Jovenel Moïse, pour constater que ce dernier a piteusement échoué comme président de la République d’Haïti. Après trois ans passé à la tête du pouvoir, tous les voyants du pays, indistinctement, sont passés au rouge. Bilan, non exhaustif, d’un incontestable échec.

mardi 8 octobre 2019

Quel plan pour la transition d'après Jovenel?

Pa gen dout prezidans Jovenel Moïse la pa bay ankenn rezilta. Ayiti vin pi pòv, lavi vin pi chè, peyi a vin pi kowonpi depi lè li la a. Tout etid nasyonal ak entènasyonal yo demontre sa. Sak sèten tou, ak tout presyon lari a, l ap blije kite pouvwa avan fen manda 5 kan li an. Opozisyon an ak anpil gwoup òganize ap pale de chanjman sistèm ki dwe fèt. Ki plan tranzisyon apre Jovenel Moïse la genyen? Kòman chanjman sistèm y ap pale a ka rive fèt? Men yon plan sou fòm kesyon ki ta ka debouche sou chanjman sistèm lan vre.

samedi 5 octobre 2019

Ce dont parle le pamphlet de Rénald Lubérice


“Ce dont Réginald Boulos est le nom”, loin d’être un essai, comme se veut l’auteur, est un pamphlet qui désigne, à renfort de justifications, les acteurs économiques d’Haïti comme des oppresseurs et du coup, responsables de tous les malheurs du pays. Selon Rénald Lubérice, le médecin, homme d’affaires et politique nouvellement assumé, Réginald Boulos est l’incarnation de ce système. Tout ce dont parle ce pamphlet, dans les lignes qui suivent.


mercredi 25 septembre 2019

Prezidan Jovenel Moïse desann kanson l ankò nan diskou li a



Diskou prezidan an te anonse pou aswè madi 24 septanm lan. Men jiska inè nan maten mèkredi 25 septanm lan, gen sitwayen ki t ap plenyen sou rezo sosyo yo sou diskou sa ki pat janm prezante. Konseye kominikasyon prezidan ta dwe konnen reta nan adrès la redui nan enpak ak kredibilite kominikasyon an. Epi diskou a pa pote anyen nouvo, ankenn solisyon a kriz politik, ekonomik k ap boulvèse bil peyi a aktyèlman. 

mardi 3 septembre 2019

“Encore un soir”, une ode au temps qui s’égoutte et disparaît


Le temps peut être si volatile. Et il peut être tellement lent aussi qu’on arrive des fois à s’oublier dans ses bras. Le temps peut être tellement disparate avec ses secondes de bonheur et de joie. “Encore un soir”, de Céline Dion est la plus belle chanson sur le temps qui s’égoutte et disparait.