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mercredi 12 février 2025

Dre Mary : “une mort sans douleur, s'il vous plaît"

 Je ne sais pas quoi en dire. Je suis tiraillé entre reconnaître que c’est une excellente série et une aversion pour ceux qui sont derrière cette réalisation où la mort se commande comme un gâteau à la vanille : douce et agréable.


J’ai même eu envie d’essayer cette mort douce au “Pentobarbital”. Au départ, j’ai cru que ce nom de sérum de la mort était une création spéciale pour la série. J’ai hésité à le googler. Mais c’était tellement récurrent que j’ai fini par le faire. Le grand choc : le Pentobarbital existe. Et, comme dans la série, il aide à mourir de la façon la plus douce. On tombe dans le sommeil, et s’il existe effectivement un au-delà, on se réveillera tranquillement, sans heurt et sans douleur de l’autre côté.

Dans cette série “Dre Mary : mort sur ordonnance”, qui compte trois saisons, chacune composée de six épisodes, sortie en 2017 et disponible sur Netflix depuis le début de cette année, une docteure, aidée d’un chirurgien esthétique ayant perdu sa licence de praticien, “aide”, pour 10 000 dollars, des malades en phase terminale à bénéficier du luxe de mourir sans souffrir. La règle d’or de cette paire d’anges de la mort, c’est que la commande doit venir de la personne concernée et qu’un diagnostic médical ait condamné l’intéressé(e).

La docteure Mary Harris défend des arguments avec ferveur tout au long de la série, affirmant que la vie appartient à celui ou à celle qui la vit et qu’il ou elle devrait pouvoir décider quand la laisser partir. Cela permet d’éviter les douleurs qui précèdent une mort certaine, laquelle l’attend au bout du tunnel. C’est un véritable plaidoyer pour le courant de l’aide à mourir. Ce sujet m’a presque accueilli au Canada à mon arrivée sur cette terre d'accueil à la fin de 2022. Presque tous les jours, la seule station de radio que j’écoutais, Radio Canada, en parlait. Et justement, la série se déroule au Canada. J’y ai reconnu les plaques d’immatriculation de l’Ontario, la neige, les rivières et lacs gelés, et la ville de Montréal est mentionnée non pas comme une ville étrangère, mais comme une région du même et vaste territoire. Pour ne pas vous “spoiler”, j’éviterai d’en dire plus. Néanmoins, l’histoire m’a captivé depuis qu’elle m’a été recommandée par la seule personne avec qui je partage mon compte Netflix.

Le jeu des acteurs est très bon. L’histoire est cohérente. Les plans, la musique, les costumes, les accroches, les obstacles imposés aux protagonistes… tout a été habilement ficelé.

Le seul hic, c’est la mort que vous allez devoir digérer comme un gâteau à la vanille. C’est si bien présenté que l’envie d’essayer pourrait vous titiller l’esprit. Âmes aux penchants suicidaires, s’abstenir, s'il vous plaît.

12.02.25 
2 h 40 AM

vendredi 22 novembre 2024

Gladiator II, une merveille de réalisation signée Ridley Scott

J’ai retenu 4 choses du second opus de Gladiator : une réalisation magnifique dans un Rome reconstitué grandeur nature; des combats épiques comme on n’en voit presque plus dans le cinéma d’aujourd’hui; un Denzel Washington plus charismatique que jamais; une fin portée par un élan poétique époustouflant, accompagnée d’une musique qui m’a arraché des larmes acidulées.


Je ne vais pas spoiler les amoureux du 7e art comme moi. Je ne dévoilerai même pas l’intrigue. Mon appréciation se limitera à certains aspects techniques : les costumes, le décor et les caractéristiques de certains personnages.


La touche magique de Ridley Scott


Je vous le dis tout de suite : Gladiator II est une énorme production, au coût faramineux de 200 millions de dollars américains. Budgétivore, certes, mais une “énormité” orchestrée par un maître du cinéma : le réalisateur britannique Ridley Scott, qui avait déjà marqué les esprits avec le premier Gladiator, mettant en vedette Russell Crowe.


Ridley Scott est une légende du cinéma, connu pour son sens aigu du détail, capable d’immerger complètement le spectateur. Ses œuvres, quel que soit leur genre, se distinguent par leur esthétique visuelle, leur poésie et leurs innovations dans le design. Dès la première scène de Gladiator II jusqu’à la dernière, la maîtrise de l’éclairage, du cadrage et la direction exigeante des acteurs permettent à Scott de livrer un film qui mérite d’être vu sur grand écran.


Nommé à plusieurs reprises aux Oscars comme meilleur réalisateur sans jamais remporter la statuette, ce natif de South Shields, en Angleterre, repousse ici les limites du cinéma. Je serais surpris que Gladiator II ne lui apporte pas enfin cette consécration. Et je prédis également des récompenses pour la direction d’acteurs.


Jeu d’acteurs impressionnant


Il n’y a pas eu de performances approximatives dans ce film. Des rôles principaux aux seconds rôles, jusqu’aux figurants, tous ont excellé, rendant chaque scène vraisemblable. Grâce à la qualité exceptionnelle de la réalisation et de la photographie (éclairage), l’interprétation des acteurs contribue à une immersion totale, à tel point qu’on oublie pendant de longs moments qu’on regarde un film. On est pris, corps et âme.


Mais parmi tous ces talents, un se distingue particulièrement.


Denzel Washington : Tout simplement Denzel


Souvent choisi pour incarner des figures de leader et d’autorité, Denzel Washington n’a jamais été aussi charismatique que dans Gladiator II. Il apparaît pour la première fois à la 27e minute, et dès son entrée en scène, tout bascule.


Son interprétation est marquée par une expressivité contrôlée, alternant subtilité et puissance. Il incarne un contre-héros complexe, un vilain impossible à détester. Denzel joue ce rôle avec un sourire désarmant et une voix à la fois subtile et imposante. Dans Gladiator II, il incarne un personnage puissant, qui est même parvenu au sommet du pouvoir impérial à Rome, et laisse une empreinte mémorable.


Rome en grandeur nature


Les 200 millions investis dans Gladiator II trouvent leur justification dans la reconstitution immersive de Rome. Le Colisée, reconstruit à échelle réelle, est spectaculaire. Les plans aériens de la ville, crédibles pour l’époque, subjuguent le spectateur. Chaque détail, des ruelles aux palais, est soigneusement pensé pour ancrer cette cité légendaire dans le film.


Décor immersif pour Gladiator II


Le décor contribue largement à l’immersion. Bien que l’équipe ne soit pas à son premier voyage dans cette Rome antique, on sent ici une volonté d’aller encore plus loin. Qu’il s’agisse du palais impérial, des demeures des dignitaires romains ou des sombres couloirs des geôles des gladiateurs, tout semble authentique. Il faut aussi souligner que les costumes se sont fondus dans ce décor.


10/10 pour les costumes


Les costumes sont d’une justesse remarquable. Contrairement à certaines séries comme Game of Thrones, où des tenues peuvent paraître anachroniques, Gladiator II reste crédible. Le faste des seigneurs de Rome est bien mis en valeur, tout comme la rudesse des tenues des soldats.


Denzel Washington, en particulier, bénéficie de costumes qui reflètent parfaitement son rôle. Les couleurs, la richesse des tissus et leur texture contribuent à camper ce vilain charismatique qu’on adore suivre.



Gladiator II est une œuvre magistrale. Ridley Scott s’est surpassé, Denzel Washington incarne avec brio un personnage puissant, et l’ancien Rome renaît de façon spectaculaire. Avec des costumes sublimes et des performances impeccables, tout est réuni pour faire de ce film une expérience extraordinaire à vivre sur grand écran, idéalement en salle IMAX.


J’y étais. J’en suis ressorti ébloui. Et même “Now We Are Free” de Hans Zimmer m’a arraché des larmes à la fin.


Gladiator II ? Je vous le recommande, en toute âme satisfaite !


Gaspard Dorélien

Ottawa, 22.11.24 - 23h43


samedi 24 août 2024

Bélo, Ottawa, Intimité…

 Dix-neuf ans de carrière et une première prestation à Ottawa. Dans une atmosphère intime, l’artiste de Lakou Trankil a réinventé la scène du Richcraft Theatre, situé dans la chic banlieue d’Orléans à Ottawa. Ce samedi 24 août, Bélo a joué à guichet fermé, captivant un public conquis. Immersion dans un concert où la qualité musicale s’est harmonieusement mêlée à la finesse d’un auditoire averti.

Si le temps peut marquer certaines voix de ses rides, il a, chez Bélo, sublimé la sienne. Tout comme son physique, resté inchangé, le talent du Champion Découvertes RFI Musique du monde 2006 n’a fait que se bonifier. L’artiste engagé a offert à son public un moment de proximité, révélant ses origines, ses défis, ses interdits, et son amour irréversible pour la musique de qualité, ainsi que son attachement profond à son pays natal. Son engagement à chanter ce qui résonne pour Haïti a été au cœur de cette rencontre.

À 19h54, Bélo est monté sur scène sous les applaudissements enthousiastes du public. Le concert a débuté avec "Mizik a Jah", extrait de son premier album paru en 2005 sous le label Solèy Sounds, qui avait déjà marqué l’avènement de l’icône du Ragganga.

Avant le deuxième morceau, Bélo, avec une modestie empreinte de fierté, a partagé ses origines : celles d’un petit garçon rêveur, grandi dans un quartier défavorisé de la capitale haïtienne. En Haïti, la voie artistique est souvent décriée, perçue comme un chemin menant à la débauche, la drogue, et la pauvreté assurée par les parents. Sa mère, analphabète et "Dâme Sarah",voulait pour son fils un avenir stable, loin de la musique. Mais malgré ces interdictions, Bélo a suivi sa passion. S’il a étudié la comptabilité, c’est finalement la guitare qui est devenue sa compagne, sa voix singulière, reconnaissable entre mille, l’a porté sur la scène 

La deuxième musique exécutée est un hommage à ce que Bélo appelle une magnifique ville de son pays, Jacmel.

Entre la troisième et la quatrième chanson, Bélo a raconté l’histoire de "Jasmine", l’unique titre de son premier album qu’il n’a pas écrit. C’est avec celui-ci que le public l’a découvert en 2005. Il a été sur toutes les lèvres à cette époque. Entrainant à souhait, ce texte écrit par Moneyrich, a été enregistré, gracieusement, pour la première fois en 1996, dans le studio du géant de la musique haïtienne, Dadou Pasquet.

Jasmine n’a pu être distribué dans les différentes stations de radio de la capitale pour une seule raison: une cassette de marque TDK Type II. Celle-ci coûtait à l’époque 25 gourdes. L’équivalent de de 25 sous canadiens au taux d’aujourd’hui. Toute l’équipe de Bélo réunie, le manager compris, n’avait pas les moyens pour acheter plusieurs TDK Type II que les radios exigeaient pour recevoir une musique destinée à être diffusé en onde. C’était pour une bonne cause, car l’énorme succès de Jasmine en 2005 à imposer Bélo dans le registre des fabricants de la musique de qualité en Haïti et ailleurs. 

Le public qui pouvait intervenir dans les intermèdes a pressé Bélo de revenir. Surtout à l’hiver pour rameuter, à travers sa musique, la chaleur d’Haïti dans le froid glacial du Canada. 

Pendant deux heures, le public du Richcraft Theatre a voyagé dans l’Haïti du début du millénaire, avec Bélo interprétant seize titres de son répertoire. La soirée a été marquée par des moments d’émotion intense (une âme sensible a versé discrètement de chaudes larmes sur Lakou Trankil). 

À 21h23, les dernières notes du légendaire Lakou Trankil retentit dans la salle, où toutes les chaises, le temps de son exécution, étaient orphelines. Petits, très petits et grands se sont donnés à coeur joie dans ce morceau aux paroles qui réclament la paix, le changement et le respect dans ce qui est considéré comme la plus petite agglomération dans l’espace rural d’Haïti: lakou. Si tous ont dansé, chanté, une certaine personne, obnubilée par une chronique nostalgie d’Haïti, n'arrêtait pas de s’éponger les joues, d’où ruisselaient des larmes brulantes. 

21h40, Jasmine, revisité à l’occasion, a enflammé le théâtre. Ce morceau est resté dans le coeur, la tête et l’âme des plus anciens et a aussi été bien accueilli sur le territoire des plus jeunes. 

Cette prestation de Bélo, loin d’être ordinaire, a été marquée par des éléments extraordinaires. Le guitariste, le batteur, le claviériste et le bassiste, qui n’en étaient qu’à leur deuxième collaboration avec Bélo – après un concert à Montréal la veille –, ont joué avec une telle aisance qu’on aurait pu croire qu’ils accompagnaient l’artiste depuis toujours. Ottawa, habité par un public réputé casanier, a pourtant offert à Belo un événement affiché complet dès le vendredi précédent. Parmi les spectateurs, des enfants de 7 ans côtoyaient des sexagénaires, et tous, d’une seule voix, chantaient les succès de Bélo.

Bélo en toute intimité à Ottawa, un moment de qualité, une communion sincère avec un artiste dont le talent continue de séduire une audience sélective. Le prochain arrêt de l’artiste sera dans le Connecticut, aux États-Unis, le 3 octobre.

Ottawa
24.08.24
23h58



lundi 27 mai 2024

L’idée d'être avec toi

Le hasard doit sûrement ne pas exister. Ce qui est aujourd’hui était juste un rendez-vous. J’ai adoré ce que tout le monde appellerait hasard ou accident dans la rencontre de la pétillante Solène (Anne Hathaway) et du gentil et audacieux Hayes (Nicholas Galitzine) dans le film "The Idea of You". Cette histoire (bien que je n’en sois qu’à la 56e minute) est une excellente leçon sur l’imprévisibilité et la tangibilité de l’amour. Je ne sais pas si les 61 minutes qui restent me décevront, mais j’adore l’idée d'être déjà avec toi. Amour!



J’ai toujours admiré Anne 
Hathaway. Il paraît que les années ont bonifié cette merveilleuse actrice qui ne fait pas ses 41 ans. Elle est sublime. Éclatante. Et incroyablement crédible dans ce rôle gênant qu’elle joue dans ce film, dont Gabrielle Union est l’une des productrices. Le jeu d’Anne est naturel, adroit et séducteur. Elle a 40 ans dans le film et développe une amourette avec un garçon de 24 ans. La connexion était inattendue. La relation, au regard de la logique sociétale, devrait être impossible. Dans la 70e minute et poussière, la dure réalité les rattrape ou du moins, rattrape la Solène de 40 ans. Je suis le déroulement. Espérant que Robinne Lee, actrice et autrice du roman du même titre, de qui le film a été adapté avait trouvé un dénouement à la hauteur de la première heure de l’histoire.


87e minute. J’adore jusqu’à présent le dénouement. J’adore le message lancé contre ce faussé généralement admis entre l’homme et la femme. Le premier sexe n’est jamais jugé quand il se met avec une jeunotte. Mais quand c’est le deuxième sexe que l’amour fait sortir des sentiers battus, on fait tomber sur son dos toutes les foudres du ciel.


Il est 4h30 du matin. Je dois être au bureau dans moins de 5 heures. Mais il reste encore 30 bonnes minutes avant la fin. Je croise les doigts contre toute déception.


89e minute. Je viens de hurler de surprise. Une surprise heureuse. Je ne vais pas vous “spoiler”. Je ne dis rien. Mais la dernière action dans le studio d’enregistrement entre Hayes et Solène est une perle. C'était tellement  inattendu, drôle et profond à la fois.


Continuons. Les doigts toujours croisés.


“Le monde déteste le bonheur des femmes”, vient de lâcher Tracy (Annie Mumolo), une copine de Solène. C'est probablement vrai. Mais, de ma perspective, je ne pense pas que ce soit différent pour les hommes. En tout cas, on n’a semblé avoir jamais aimé le mien.

Retournons au film, vite fait.


5h04. J’ai les yeux inondés. Pas une once de déception. C’est le meilleur film romantique que j’ai regardé depuis 2024. Un presque sans faute pour l'autrice et scénariste Robine Lee, pour le réalisateur Michael Showalter et surtout pour les deux personnages principaux, la délicieuse Anne Hathaway et le talentueux Nicholas Galitzine. L'amour, toi, tu es merveilleux. Ce sont les mauvaises combinaisons qui te souillent la plupart du temps. Sinon, l’amour est beau. Éternel. Magique. Remplissant.

The Idea of You, je vous le recommande. Vivement!


Gaspard DORÉLIEN, Master of Arts

Ottawa,

27.05.2024

5h12 AM


La bande annonce du film



samedi 25 mai 2024

Une esquisse de pas en exil

Bon, d’accord, ce n’est pas la première chanson qui me presse dans une urgence de danser. Mais “L’exil” de Laurie Darmon vient d’être la première à me titiller autant les jambes et tout le corps à esquisser des pas dans une lenteur pressante. Trop pressante !


Je l’ai découverte seulement hier. En vagabondant sur le story du compte Facebook d’une magnifique dame. D’ailleurs, je l’ai remerciée dans un commentaire pour la chanson. Depuis hier jusqu’à l’instant présent, mon téléphone doit se lasser de l’écoute en boucle de cette chanson.

La chanson est un hommage à sa grand-mère qui se retrouve sur une autre terre, un autre continent… elle évoque ses souvenirs. Les parfums, les couleurs… Elle parle de l’exil de sa grand-mère. Mais c’est fait avec une telle douceur dans un langage fort poétique. La musique est lente et tendre. La voix de Laurie aussi. Ce n’est peut-être pas le genre de texte qui inciterait un romantique comme moi à vouloir se lover dans les bras d’une femme pour arrêter le temps, le temps des 4 minutes de la chanson. Mais depuis la première écoute d’hier soir, je n’ai eu qu’une envie indécente : me fondre dans la lenteur complice de cette pièce.

À 11h, ce matin,  un corps, des bras d’une femme qui traînait dans l’appartement m’ont permis d’épouser cette urgence lente. Ses pas étaient gauches, après quelques corrections et suggestions, elle a retrouvé le rythme. On a synchronisé nos lenteurs. C’était presque parfait. Ça l’aurait été si ce n’était un instant que tous les interdits marquaient au fer rouge. Mais tant pis. Nous deux sommes déjà des exilés. Ce n’est pas l’exil chanté par Laurie qui nous ramènerait au pays.


Gaspard DORÉLIEN, MA

jeudi 23 mai 2024

Quand nous entravons l’amour

Les plus grandes entraves en amour sont les attentes. Si tu comprends cette assertion, nul besoin de continuer ta lecture. Sinon, lis jusqu’au dernier mot. Je décris ci-dessous comment nos attentes mettent en péril toute relation amoureuse.



J’en ai récemment parlé dans l’article “On nous a compliqué l’amour”. La première espérance illusoire que nous nourrissons en couple, c’est de désirer que l’autre nous comble de bonheur ou de chercher à le combler. 


La première méprise que nous commettons presque tous, c’est de voir le couple comme un lieu de réparation. Nombreux sont ceux qui se mettent en couple pour soigner une blessure d’enfance, pour se remettre d’une séparation douloureuse ou pour remplir un vide qui nous a toujours habités. C’est peut-être ardu à accepter et à assimiler, mais c’est un fait : “si on ne peut pas être heureux seul, on ne le sera jamais en couple.”


Le bonheur doit émaner de soi. On doit être suffisamment complet pour générer son propre bonheur. On se met avec l’autre pour prolonger notre bonheur ou pour partager tout l’amour et tout le bonheur que l’on portait déjà en soi. Permettez-moi de me répéter, le couple n’est pas un établissement thérapeutique. Votre partenaire ne peut pas et ne doit pas assumer le rôle de thérapeute. Si vous souffrez de traumatismes d’enfance, cherchez de l’aide. Guérissez-vous d’abord. Car c’est réalisable. Si votre cœur a été broyé, il y a moyen de recoller les morceaux et de le reconstituer. Oui, ce miracle est possible. Je témoigne d’expérience. Mais il est extrêmement difficile d’y parvenir seul. Les thérapeutes, les psychologues, les coachs de vie… sont aussi essentiels lorsqu’on souffre de ces blessures émotionnelles que l’intervention du médecin en cas de douleur abdominale. Pourtant, on minimise encore aujourd’hui la nécessité de ces professionnels du bien-être mental dans toutes les sociétés. C’est pourquoi nous avons tous tendance à compter sur l’amour pour nous restaurer. On entre dans une relation avec toute son entièreté. Notre amour. Notre bonheur. Nos rêves. Nos objectifs. Notre personnalité. Et toute notre disposition à partir lorsque le respect, la fidélité, l’amour… ne sont plus au rendez-vous. Car on doit suffisamment s’aimer et se valoriser pour ne pas tolérer l’intolérable. Pour ne pas implorer d’attention, de compréhension, de respect… Car si l’autre vous désire, tout cela sera offert généreusement sans que vous ayez à les réclamer.


Une seconde attente qui barre sérieusement la route à l’amour, c’est d’exiger que l’autre réagisse à notre manière, à notre sauce, selon nos propres normes. Nous sommes chacun formés d’une individualité découlant de notre éducation, de nos influences, du cadre émotionnel autour duquel nous avons gravité avant de rencontrer celui ou celle avec qui nous partageons un bout de chemin ou tout le reste de notre vie. Et chaque parcours est singulier et produit souvent des résultats uniques. Il est donc impensable de s’attendre à ce que l’autre puisse s’adapter à nos propres modèles. La meilleure démarche est de se souvenir que son partenaire est un individu unique, programmé différemment de soi. Et qu’il est normal que ses réactions ne coïncident pas avec les nôtres. Pour se prémunir de toute déception engendrant de la frustration, il faut éviter de se munir d’attentes précises. Car si on persiste dans cette direction, on pourrait s’engager dans une autre quête encore plus fatale pour la relation : le désir de changer l’autre ou penser qu’il ou elle va changer.


C’est encore un autre obstacle très, voire trop, courant dans les relations de couple : vouloir changer l’autre. Ceux qui nourrissent leur esprit d’une telle espérance se retrouvent invariablement sur le banc de la déception et de la frustration. Car ce que l’autre est aujourd’hui est le résultat d’une longue, d’une très longue évolution. Et ce rendu, même s’il peut ne pas être définitif, est souvent très ardu, pour ne pas dire impossible, à modifier. Sauf si l’autre prend conscience du modèle à changer et s’engage de manière déterminée et constante à effectuer ce changement. Et même là, il y a des cas où, malgré toute la volonté du monde, il ou elle n’y parviendra jamais seul. Prenons le cas d’un ou d’une pervers (e) narcissique. Il est improbable qu’il ou qu’elle cesse d’être ainsi, sans un suivi sérieux d’un thérapeute. Car un ou une pervers (e) narcissique est une victime d’un passé qui ne lui était pas du tout favorable et qui le prédispose corps et âme à être un fléau dans la vie des autres. Si vous avez le malheur de tomber sur une personne de cette catégorie et que vous espérez qu’elle change, “ou mèt vann Bondye jounen w” (vous pouvez vendre vos journées à Dieu), me répétait une certaine personne.


En définitive, pour libérer l’amour de toutes ces entraves et de nombreuses autres que nous n’avons pas abordées dans ces lignes, il faut se souvenir et appliquer l’une des règles fondamentales du Stoïcisme : “ne pas avoir d’attente.” Mais vous me demanderez immédiatement, comment ne pas avoir d’attente dans une relation amoureuse ? La réponse n’est pas simple. Car presque toute notre construction en tant qu’être social, nous prédispose à avoir des attentes vis-à-vis de l’autre. Mais il faudrait aussi vous demander pourquoi tant de relations amoureuses ne fonctionnent pas ou finissent par une rupture ? C’est parce que nous entrons dans les relations étant incomplets, malades, vidés… et par conséquent on compte sur l’autre pour nous compléter, nous guérir, nous remplir… 


Un ou une partenaire n’est pas un ou une thérapeute. C’est à nous, bien sûr accompagnés de spécialistes de la santé mentale, de guérir nos blessures, de remplir nos vides et de forger notre bonheur. Je me répète, si on n’est pas heureux seul, on ne le sera jamais en couple. Et si on s’aime assez fort et vrai, on sera bien dans sa peau et il sera plausible pour nous de ne pas avoir des attentes vis-à-vis de l’autre qui, lorsqu’elles ne sont pas satisfaites, engendrent amertume et frustration. La seule chose que l’autre nous doit, et que nous lui devons aussi, est le respect. S’il est présent, il n’y aura pas d’infidélité, pas de mépris, pas de négligence, pas de trahison… et le couple sera juste un terreau pour l’épanouissement de notre bonheur. Et non le lieu où naîtra notre bonheur. Ce dernier ne doit éclore qu’en nous. Si vous vous demandez comment le faire naître en vous ? Cela signifie que vous êtes qualifié pour chercher de l’aide. Et ça, c’est OK. Tous ceux et toutes celles qui ont cherché de l’aide en sont sortis victorieux (ses). Expérience vécue!


Gaspard Dorélien, MA

mercredi 10 avril 2024

Stoïque 10 avril

 “Desert rose” ne m’a pas raté ce matin. Je me suis retenu pendant que j’avais une passagère avec moi. Elle est descendue. La voix de Sting est restée. Et là, j’ai mouillé même ma cravate pendant que je traversais cette Ottawa ensoleillée. Mais avant d’arriver au parking sous-terrain du bureau, j’ai laissé Mary J. Bridge prendre la place à mes tympans dans “Family affair”. Je ne peux pas revenir et effacer les souvenirs des 8 précédents 10 avril, celui-ci, je peux décider d’en faire un nouveau qui sera agréable à revivre l’année prochaine. Je me suis heureusement rappelé que je pouvais être stoïque. 


Le premier 10 avril, j’étais à Vegas. Il y avait plein de promesses: amour, fidélité, soutien mutuel… C’est là que tout a commencé. Le deuxième à Haïku, à l’Hôtel Royal Oasis, à Pétion-Ville…, un super beau moment… Le quatrième, solitaire, mais satisfait, devant plusieurs Prestige fraîches et des olives vertes épicées à Station 73, à Delmas. Le 6e, sur le sable chaud d'une plage à Las Terrenas, en République Dominicaine... Le 8e dans un sous-sol, à Orléans, au Canada, essayant de récoler des morceaux cassés qui ne pouvaient absolument pas se recoller, ça je ne l’ai réalisé qu’entre le 13 et le 20 juillet 2023.


Le 9e là, je vais envoyer un courriel responsif, je serai facturé pour la réception, la reformulation et le transfert à qui de droit. C’est le premier 10 avril où je me fais une dette pour avoir envoyé un courriel. Mais je comprends et accepte que tout a un prix. Je paierai pour ce courriel pour ne plus être lié aux désormais, funestes souvenirs du 10 avril. 


Toujours se focaliser que sur ce que l’on peut contrôler. Et non l'inverse. Quand on réalise cela, on est stoïque. 




Gaspard DORÉLIEN 

Ottawa

10.04.24

10:24

samedi 6 avril 2024

Danser à minuit sous zéro degré

C’était du compas. J’ai reconnu les pas. Elle portait un manteau rose et un jean bleu. Et lui, un veston en cuir couleur marron. Il était minuit passé de trois minutes. J’ai été témoin de la plus mignonne scène romantique que le Canada m’ait jamais offerte.


Sur le Chemin de la Côte Sainte-Catherine, à Montréal, il faisait 3 degrés avec un ressenti de zéro degré, pourtant un jeune homme et une jeune fille semblaient vouloir arrêter le temps et défier la température, briser les codes de la normalité; vivre et profiter de l’instant présent; exprimer la gratitude d’être ensemble; profiter d’un instant de bonheur que les interdits ne sauraient leur ôter et penser en dehors de la boîte.

 Ils dansaient devant un complexe d’appartements en ignorant les voitures qui passaient; moi qui me suis arrêté pour les observer; les petites vieilles qui pourraient les épier à partir de leurs fenêtres; les conformistes qui pourraient les juger ou les envieux qui pourraient les maudire.

Ils se souriaient, se prenaient par la main, tournoyaient, "plogueaient"… Ils étaient tout ce que les autres s’interdiraient ou jugeraient ridicule. Ils dansaient, s’épousaient, faisaient parler leurs corps qui se comprimaient et s’écartaient alternativement.

C’était leur moment, leur musique, leur danse, leur jouissance et leur connivence.

 La danse s’arrêta, le cavalier déposa furtivement un bref baiser sur le front de sa coéquipière. Ils s’étreignirent, échangèrent des mots que je ne devinerais jamais. Elle entra toute seule, le jeune homme regagna son véhicule garé dans l’allée dont les portes avant étaient restées ouvertes. La musique qu'ils dansaient se jouait probablement dans la voiture. Je n'étais pas assez prêt pour confirmer. Il démarra rapidement, comme si, d'un coup, il reprenait conscience que le temps, lui, ne s'était pas arrêter le temps de son écriture chorégraphique.

En me dépassant, j’ai reconnu la fin du morceau intitulé “Lasyans” de Medjy du défunt groupe Enposib. Ma musique fétiche depuis novembre de l’année dernière. Dans tous les cas, “youn te sanble byen renmen lòt, san youn pa sezi”.

Gaspard DORÉLIEN 

Montréal 

07.04.24 

1h11 AM

samedi 25 mars 2023

Zèklè à Montréal: retrouvailles, nostalgie et de “l’or en bouche”


C’est une rencontre, un oasis dans la grisaille de ce territoire de l’Amérique du Nord, des retrouvailles… qui n’auraient pas dû avoir lieu. Joël Widmaïer, le lead vocal de Zèklè, pert sa voix la veille. La possibilité d’annuler cet événement attendu était même sur le tapis. Ce pire a été évité. Le miracle a eu lieu. À l’auditorium du Collège Ahuntsic, à Montréal, le samedi 25 mars, un public enjoué s’est communié avec la bande, a complété la voix du chanteur principal, pour s’offrir du bonheur, des retrouvailles avec des sons qui ont dévalé le temps pour se laisser rattraper ce samedi soir… “De l’or en bouche” comme l’a si bien qualifié Nerlande Gaëtan Civil, coordonnatrice de la Compagnie Théâtre Créole, instigatrice de ce concert mémorable.


Mémoire ressuscitée 


 Ce qui reste de plus précieux dans le vécu de chaque homme et de chaque femme est monté de A à Z de souvenirs. 

On garde précieusement et jalousement la mémoire de tout ce qui nous a fait rire, pleurer, réfléchir, maudire, plébisciter… des bouts de notre vie. C’est ce ciment qui a soudé tout le public, yeux allumés, oreilles en alerte, voix synchronisées… pendant 90 minutes d’horloge. La musique de Zèklè a été pour tous, pour toutes, en tous, en toutes, par tous et par toutes. 


Ce sont des hommes et des femmes qui connaissent Zèklè et tout son répertoire qui se sont agrippés au bonheur des souvenirs qui ont 20 à 40 ans d’âge. 


Du vieux et du neuf


Ce n’est pas le Zèklè qui compte 40 ans qui a fait le déplacement. Certains membres de ce groupe sont partis pour l’au-delà depuis plusieurs années. Le dernier,  le virtuose du tambour, Arius Joseph, a fait le grand saut le 20 mars, 5 jours avant la date de ce concert. Mais des doigts d’or de la musique haïtienne se sont joints à Joël, à Mushi… pour faire renaître sons et paroles qui ont fait le quotidien des trentenaires, des quarantenaires… et des septuagénaires présents dans l’amphithéâtre du Collège Ahuntsic. Raoul Denis Junior, Ti Claude Marcelin, Gérarld Kébreau, Kéké Bélizaire et Fabrice Rouzier, entre autres, ont valablement remplacés ceux qui n’étaient plus là. 

Emmanuela, la plus jeune sur le podium et choriste de la circonstance a magistralement joué le duo avec Joël sur deux légendaires morceaux du groupe, dont “Ou te di m”. 


Du vieux, bonifié, du neuf, pétillant, se sont épousés pour faire de cette soirée un moment de béatitude parfaite. 


Point besoin d’être devin pour réaliser que ces Haïtiens qui ont laissé cette Haïti qu’ils chérissent, se sont abreuvés de ces bribes de leur pays qui ont flotté sur tous les airs chantés et fredonnés ce samedi 25 mars.

Plus que des souvenirs, c’est l’odeur, le goût et les cris de cette terre de soleil qui les habite que Zèklè les a fait revivre durant ces 90 minutes. 21h53. La dernière note du concert s’est tue. Mais tous et toutes sont partis à travers les rues enneigées de Montréal, avec des échos éternels dans la tête et dans le cœur. 


Gaspard DORÉLIEN, MA 

Montréal