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vendredi 22 mars 2024

Dormir, rêver et rêver !

 

Dans mes rêves, je reste très rarement au Canada. Je m’envole toujours vers des contrées pour vivre ce que mon subconscient cache ou ce que mon conscient convoite. Hier soir, ou peut-être ce matin, durant de longs instants, je suis retourné en Haïti. J’ai redécouvert la mer, Miss AnayizZ, Mirebalais, des gens que j’aime et d’autres que j’ai aimé. C’était beau! C’était vrai! Je donnerais beaucoup pour que ça dure longtemps. Très longtemps. 

À mon réveil, tard, bien tard ce matin, j’étais bouleversé. Non que je désapprouve la réalité de mon nouveau monde, mais les sensations éprouvées dans le rêve étaient douces, authentiques et profondes. J’ai revu ma terre natale dans des moments de loin meilleurs que ceux d’aujourd’hui. J’ai renoué avec des personnes qui me sont chères, vécu des moments d’une qualité exceptionnelle. 

Des têtes toxiques ont aussi traversé cette parenthèse enchantée. Leur présence, toutefois, pâlissait face à la lumière des belles âmes qui animaient mon rêve.

Au-delà des livres, je suis convaincu que pouvoir rêver et se souvenir des détails constitue la plus belle échappée, permettant de savourer ou de resavourer le bonheur d’ailleurs. Comme j’aimerais retrouver Haïti avec cette même sérénité qui m’a envahi dans le rêve de ce matin. Retrouver ces belles personnes qui étaient sincères et qui le demeurent jusqu’à ce jour !

Ottawa
22.03.24
12h12

mardi 27 février 2024

Ce que l’amour n’est pas…

 Il est loin d’être l’histoire de Roméo et Juliette. Il n’est pas ce refuge où nos besoins seront comblés.  Ce n’est le complément des fragments manquants de notre être. Il ne se réduit pas à une salle d'attente de nos espérances. La littérature, le cinéma, la musique… nous ont souvent présenté l'amour comme un abri sous lequel trouver le bonheur. Je vous le dis, en vérité, l’amour n’est absolument rien de tout cela. Souffrez, en lisant les lignes qui suivent, que la bulle illusoire s’éclate.



Nous avons tous grandi avec des blessures que l’on porte dans notre âme, dans notre coeur et que nous reflétons dans nos comportements vis-à-vis des autres. Ces blessures, qu’on arrive difficilement à refermer, créent des êtres incomplets, révoltés, dépendants, haineux, méfiants, manipulateurs, tristes… et inévitablement malheureux et qui souvent rendent les autres encore plus malheureux. L’amour n’est pas un réparateur d’enfance malheureuse. L’amour n’est pas un pansement à nos blessures. L’amour ne recolle pas les morceaux d’un coeur qu’on a donné en pâture à un/une pervers (e) narcissique.  


Nous espérons tous que l'amour viendra combler nos vides, guérir nos blessures de rejet, d'abandon, d'humiliation, d'injustice et de trahison. Pourtant, nous nous trompons. Jamais l’autre ne remplira ces cases vides. Jamais l’autre ne devinera ces attentes - et même si elles sont sues, même avec toute la volonté du monde il/elle ne réussira pas à les satisfaire - et s’atteler à nous combler. L'amour ne repose pas sur l'autre pour trouver paix et harmonie. Ce n’est pas là, la fonction de l’amour. Entrer incomplet dans une relation en espérant en ressortir comblé est une illusion. Il n’en sera jamais autrement.


Cette réalité peut être dure à accepter. Lorsque Shakespeare nous donne Roméo et Juliette, et que notre culture célèbre cette histoire comme l'archétype de l'amour véritable, il est facile de croire que l'autre est notre sauveur ou quand l’autre s’en va, on croit que la vie n’a plus de sens et ne mérite plus d’être vécu. Quand les “plus belles chansons” nous disent que l’autre est le soleil de nos jours, la lune de nos nuits, notre plus beau rêve… notre raison de vivre… et que les “plus belles histoires” qu’on nous vende nous présente des personnages qui s’oublient pour l’autre parce que sans lui/elle nous sommes incomplets (tes), c’est normal que l’on croit aujourd’hui, l’amour, c’est l’autre. Le bonheur, c’est l’autre. L’avenir, c’est l’autre. Et que sans lui/elle la vie est une bière sans alcool. Du gateau sans sucre. Une musique muette. 


Devinez quoi? L'amour ne se trouve pas dans l'autre. Il ne commence pas avec ce regard aguicheur et insistant, un dernier vendredi de janvier. Non plus en contemplant un sourire café au lait sur une photo qu’on a prise un premier dimanche de février à l’église. Ne faites pas attention aux deux dernières phrases. Ce ne sont que des exemples. Fictifs. 


L'amour naît en nous. Il est intrinsèque et s'épanouit de l'intérieur. Pour aimer autrui, il est essentiel de s'aimer soi-même.


Beaucoup d’entre nous qui disons être des disciples du Christ et attendons le secours du bonheur de l’autre, ne comprenons pas un de ses plus importants préceptes: “aime l’autre comme toi-même”. Les premises de cette recommandation soulignent que pour donner de l’amour, il faut l’avoir déjà expérimenté avec soi-même. Jésus par cette parole nous dit indirectement que l’on doit s’aimer d’abord. Qu’il est normal de s’aimer. Que l’apprentissage de l’amour commence avec soi-même. S'aimer n'est pas égoïste, c'est le fondement même de l'amour véritable. On ne peut pas aimer l’autre si on ne s’aime pas soi-même. 


Bon là, Jésus n’a rien pipé sur les milliards de raisons qui peuvent nous empêcher de nous aimer d’abord. Mais dans leurs gênes, l’homme et la femme avaient heureusement cette faculté qu’on appelle intelligence. Cette dernière nous a permis au fil des millénaires, de comprendre, d’analyser et même de prévoir nos schémas de comportement. Saviez-vous qu’un enfant non désiré ou abandonné par son père, en embryon étant, connait déjà le rejet et l’abandon? Saviez-vous que telles blessures, si elles ne sont pas colmatées par un amour inconditionnel de son plus proche entourage feront de lui ou d’elle un être qui va très mal “dealer” avec l’amour? Ce n’est q’un  exemple parmi tant d’autres.


Devenu (e) adulte, celui ou celle qui n’a jamais été conscient (e) de ces déchirures comptera toujours sur les autres pour le guérir ou fera subir aux autres les maux qui érodent son être. Il/elle deviendra un ou une dépendant (e) affectif (ve) ou un/une pervers(e) narcissique. La première pathologie a plus de chance d’être circonscrite si elle est identifiée et que la personne qui en souffre trouve de l’accompagnement auprès de professionnels de la santé mentale. Quant à la seconde, les possibilités de guérison sont infiniment minces. Un/une perverse narcissique c’est comme un vampire qui ne vit que de sang. Celui-ci ou celle-ci vit pour faire souffrir l’autre et est dépourvu de toute empathie. Il/elle manipule, minimise, développe une dépendance chez l’autre par rapport à lui/elle… Mais tout ceci c’est pour combler son insécurité viscérale. 


Sans cette auto-acceptation, nous devenons soit des victimes, soit des bourreaux, incapables d'aimer authentiquement et développant des dépendances. Les attentes inassouvies mènent à la souffrance. La seule voie de sortie est de chercher de l'aide, car seul, le chemin vers la guérison est semé d'embûches. Ce processus de guérison de l'enfant intérieur blessé, d'acceptation de soi, de pardon et d'amour propre est essentiel pour vivre en harmonie avec soi-même et être prêt à aimer véritablement.


Il sera quasiment impossible de s’en sortir tout seul. Avec toute la volonté du monde, vous commencerez le changement. Mais les émotions, les manques, les besoins, les habitudes… disparaitront de temps en temps. Mais ils réapparaîtront plus forts qu’avant. Il y a tout un processus par lequel vous devez passer pour guérir l’enfant blessé qu’il y a au dedans de vous, pour vous accepter dans votre imperfection, vous pardonner et finalement vous aimer, suffire à vous même, vivre avec vous même, être bien avec vous même et finalement être heureux avec vous même. Ce n’est qu’à ce moment que vous serez prêt (e) à donner et à recevoir de l’amour. Vous n’aurez pas d’attentes à combler, vous n’aurez pas d’incomplétudes et votre bien-être ne dépendra pas de l’autre. Et toute relation devient un complément, non une nécessité à votre bonheur.


Quand vous vous aimez, vous n’accepterez plus de comportement toxique, contrôleur, manipulateur de l’autre. Et vous ne resterez pas dans une relation destructrice, espérant vainement combler un vide affectif. Quand vous vous aimez comme il faut, vous ne bâtirez pas de relation où l’autre sera votre souffre-douleur parce que croyez que la souffrance de l’autre apaisera la vôtre.


Si l’autre pour une raison quelconque décide de quitter le navire, vous serez pas perdu parce que vous étiez déjà complet sans lui ou sans elle. Et vous aurez appris des choses de cette expérience qui renforceront votre personne.


Mais diriez-vous que tout ceci est bien beau et facile à dire. Mais comment arriver à cette auto-suffisance, à cet amour de soi, à cette confiance en soi, à cette complétude? Bien que le processus peut être long et ardu, mais la solution est toute simple: elle est dans l'aide professionnelle d'un thérapeute ou d'un coach de vie certifié. Je rivens de loin. Et je  suis aujourd’hui loin, très loin de là où j’étais il y a peu. Et j’ai appris que l’amour n’est pas l’autre. L’amour est d’abord soi. Je ne parle pas ici de ce nombrilisme arrogant et contre productif. Je parle de cette prise de conscience pour comprendre que vous méritez le meilleur et le meilleur pour soi vient de soi-même, une responsabilité qui nous incombe entièrement.


Gaspard DORÉLIEN, MA


OTTAWA

27.02.24

16h16

samedi 8 avril 2023

Alan Cave, la meilleure voix de la musique haïtienne de tous les temps 

 

On a eu des Ti Manno, Amstrong Jeune, Réginald Cangé... Mais Alan Cave, sans forcé et sans le vouloir, peut-être, a dépassé les meilleures voix du compas et la musique haïtienne en général. Il a la magie du chant. Il ne force rien. Il chante comme un dieu. Contestez, si vous voulez, mais Alan Cavé est la meilleure voix du Compas et la musique venant d’Haïti. De tous les temps. 

Je commencerai par un petit exercice. Il n’est pas périlleux mais assez ardu. J’espère que le résultat sera exhaustif. De quoi s’agit-il? Mettre la beauté de la voix d’Alan Cavé en images. Visuellement, elle serait comme une fraîche rosée, assez fine pour être discrète. Une rosée de la bonne heure du matin qui s’incruste à très faible dose avec une lenteur enivrante sur les pétales, les feuilles des fleurs… Et une fois là, une harmonie naît. Les plantes deviennent lumineuses et crèvent les yeux, séduisent, envoutent… avec leur beauté. 


À l’oreille, la voix d’Alan Cavé est un son sûr, suave et haletante qui fait l’amour à nos tympans. En plus de cette douceur qui caractérise la voix du chanteur, la majorité des textes qu’il chante sont très forts en poésie. La majorité des interprétations du chanteur, notamment sur ses albums solo, sont le mariage d’une voix qui séduit et de paroles captent par leur grand élan poétique.


Georges Alan Cave est sans aucun doute l'une des figures les plus emblématiques de la musique haïtienne. Né en 1966 à New York, il a grandi dans une famille de musiciens et a commencé à chanter dès son plus jeune âge. Après avoir passé plusieurs années aux États-Unis, il est retourné en Haïti pour se lancer dans une carrière musicale qui allait marquer l'histoire de la musique compas. 


Pour le journaliste culturel Jean Venel Casséus “la grande plage de variétés que peut atteindre la voix d’Alan Cavé dépasse le cadre du compas. Et ce serait dommage de le confiner dans le stricte genre Compas… Pour moi Alan Cavé est la meilleure voix de Compas de tous les temps”. 


De son côté, le chroniqueur et critique musical Jhonny Célicourt décrit la voix d’Alan Cavé comme “Onctueuse, feutrée, mielleuse et qui vous transporte”. Monsieur Célicourt ne va pas jusqu’à lui accorder l’étiquette de meilleure voix de la musique haïtienne, mais c’est sans retenu qu’il clame que c’est “l’une des meilleures voix de la nouvelle génération de la musique haïtienne”.


Le compas, le genre musical haïtien a émergé dans les années 1950. Il combine des éléments de différents styles musicaux tels que la salsa, le merengue et le jazz, et est connu pour ses rythmes entraînants et son instrumentation riche. Alan Cave a rapidement acquis une renommée dans le monde du compas grâce à sa voix exceptionnelle et sa présence scénique captivante.



Il a commencé sa carrière musicale en tant que membre du groupe Zin, avec lequel il a sorti plusieurs albums à succès, dont “O pa” (1988) et “Kanpe sou yon bit” (1999). Mais il a véritablement brillé en tant qu'artiste solo. En 2001, il a sorti son premier album solo intitulé "Se pa ou dat", qui a connu un succès immédiat en Haïti et dans la diaspora haïtienne.


Depuis lors, Alan Cave a sorti plusieurs albums à succès, notamment "Douce" en 2005, "Zouk Kreyòl" en 2009 et "Tèt ou" en 2017. Chacun de ses albums est un mélange captivant de rythmes compas, de ballades romantiques et de collaborations avec des artistes haïtiens et internationaux renommés.


Mais ce qui distingue Alan Cave de nombreux autres artistes du compas est évidemment sa voix. Elle est indécemment riche et cette voix est à la fois tendre et puissante, capable de transmettre une large gamme d'émotions. Sa voix est profonde, sensuelle, mélancolique à souhait et pleine de nuances, et il sait l'utiliser pour donner vie à ses chansons.

Pour Ismaëla, jeune mélomane haïtienne qui vit au Canada, “Alan Cavé est exceptionnel”. 


Il est donc facile de comprendre pourquoi Alan Cave est considéré comme la meilleure voix du compas de tous les temps. Il a été salué par des critiques musicaux de partout pour sa voix exceptionnelle, son talent d'auteur-compositeur et sa contribution à la musique haïtienne.


Alan Cave est un artiste qui a marqué l'histoire de la musique compas. Il a une voix qui est à la fois puissante et émouvante. Il est sans aucun doute l'une des figures les plus emblématiques de la musique haïtienne et sa contribution à l'évolution du compas est inestimable. Alan Cave est un artiste talentueux et engagé, qui a réussi à se faire une place dans le cœur des Haïtiens et des amateurs de musique compas du monde entier. Sa voix unique et sa personnalité charismatique ont fait de lui une légende vivante de la musique haïtienne, et son héritage musical continuera de résonner pendant de nombreuses années à venir.


Gaspard Dorélien, MA

Ottawa

jeudi 2 février 2023

“Cabaret noir”: collage lumineux pour célébrer notre “sombritude”

 Un brassage hétéroclite où Frantz Fanon, Spike Lee, Dany Laferière, Aimé Césaire, Toni Morrison, Shakespear… se côtoient, se télescopent, se bousculent et s’harmonisent à la fois dans la pénombre et dans la lumière pour assumer la négritude; pour dire haut et tout bas une parole sur cette couleur de peau, assimilée à la mort du soleil. 


“…Parce que nous savons quelque chose que personne d’autre ne sait. Nous naissons bien-meuble, nous vivons nègre nous mourons chien”, écrit Mélanie Demers à la suite de  la mort de Georges Floyd en juin 2020, sous les genoux de Derek Chauvin dans le Midwest de l’auto-proclamé champion de la Liberté et de la démocratie, Les États-Unis d’Amérique. Ce texte a allumé la flamme qui a donné naissance au spectacle “Cabaret noir”. Ce dernier était en représentation au studio Azrieli du National Arts Centre, au coeur de la capitale du Canada, Ottawa, jeudi 2 février. Il est aussi programmé deux jours de suite, à 20h, à la même salle.

Cabaret noir: six acteurs vivants (Vlad Alexis, Florence Blain Mbaye, Paul Chambers, Mélanie Demers, Stacey Désilier, Anglesh Major) selon une mise-en-scène de Mélanie Demers, dans des postures peu conventionnelles, dans des costumes changeant au gré des jeux de lumières qui apparaissent, disparaissent, reparaissent… près de 90 minutes de performances où des extraits d’oeuvres de Frantz Fanon, d’Aimer Césaire, de Toni Morrison, de Dany Laferrière… sont scandés à voix sèches ou raisonnées dans des haut-parleurs invisibles… des chorégraphies, des bouts de spectacles, d’émissions de télévision ou de film sont superposés, collés, racolés, étalés, présentés, chantés, sifflés, susurrés… en français, en anglais et en créole haïtien… devant un public médusé et conquis.


Cabaret noir est un rassemblement harmonieux sur scène, de dénonciation, de cogitation de haute voltige, d’assumation d’une existence maculée de subordination, d’insubordination, de révolte, de joie dans le vécu tout comme de la gratuité de sueur et de sang versés pendant des siècles de barbarie parce que la différence a toujours été une peur blanche.


Fort était ce haut le coeur avec à la pièce du Nina Simone, du Billie Hallyday, de Haïti Troubadour… où s’entrelaçaient des jurons et obscénités en créole et en anglais… 


Cabaret noir est un spectacle cru, tacheté de surprises, de jeux de dominos qui se construisent, se déconstruisent, se réinventent pour chanter la négritude ou mépriser cette peur dont l’autre s’est servie pour être monstre et demeurer monstre.


Gaspard Dorélien, MA

Ottawa

mardi 31 janvier 2023

2e livre pour l’année 2023

 Lire au minimum 24 livres d’ici le 31 décembre 2023. C’est l’un de mes principaux objectifs pour cette année. Je viens de boucler mon deuxième livre pour ce mois de janvier. C’est un manuscrit. Non publié encore. Le premier que j'ai terminé le 5 janvier est de  Virginie Grimaldi, "Il est grand temps de rallumer les étoiles”.  Loin d’être un brouillon, les 245 pages que Pierre Négaud Dupénor m’a passées, m’ont permis de voyager dans son idéal d’une humanité lumineuse. “La cougar et l’Empathe”, premier roman pour ce jeune auteur, mais un profond voyage initiatique dans l’humain vrai, libre, bon et prometteur.


“Je ne le terminerai pas si, à mon goût, il ne correspond pas à l’idée d’un bon roman”, ai-je “prétentieusement” argué. C’est la seule garantie que j’avais donnée à Pierre Négaud Dupénor à qui je n’aurais pas prêté des prétentions de “littéraire”, au regard de son statut académique. Quand je l’avais rencontré en 2019, il était doctorant en sciences politiques et étudiant en photographie à Fotomatik Haiti. Sa science, il l’a mise au service de la littérature. Pour son premier roman, “La cougar et l’Empathe”, l’ancien étudiant de la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti, spécialiste en communication et gestion de la connaissance pour une agence des Nations Unies, a accouché une oeuvre empreinte d’une forte humanité. Une élévation de l’idéal humain où l’amour devient un réel concret, vrai et actif. 


La formule simple qui préconise que la meilleure façon de comprendre l’autre c’est de se mettre à sa place, n’a jamais, selon ma perspective, été aussi bien illustrée dans un argumentaire. Au milieu de la lecture de ce roman, je me suis même surpris, à maintes reprises, hypnotisé par une sagesse d’une force incommensurable, idéale, mais captivante. J’étais comme suspendu - happé même - aux réflexions d’un vieux sage que nul ne saurait contester. Les concepts de liberté, d’amour pour autrui, d’entraide, d’empathie,  de sagesse divine… sont développés et argumentés par des personnages aux paroles claires, convaincantes qui laissent très peu de place au doute. Même méthodique. Ma lecture accuse peut-être un certain biais, parce qu’elle épouse à l’excès certains points de vue de plusieurs personnages de l’histoire.


Elle se déroule entre Nantes, Guérande, Abidjan, Ngozi… Les personnages viennent du berceau de l’humanité, l’Afrique. Les thématiques qui carburent toute la trame du récit sont la spiritualité, la sexualité, la religion, la philosophie et la psychologie. Et bien entendu, tout ceci ramène à l’humain, nerf principal de toute cette cogitation intellectuelle sur fond littéraire.


“La cougar et l’Empathe" est un roman hautement philosophique, élaboré dans une écriture simple, mais non simplette. Il se lit facilement. J’en suis sorti bonifié. L’auteur a certainement voulu vendre la bonté de l’être humain. Il a réussi le pari. Même s’il a excédé à la fin en présentant, de façon expéditive, le bannissement d’une pratique odieuse, mais centenaire en Afrique. À découvrir quand vous aurez le livre en main. Son idéalisme a eu raison de la raison elle-même. Les réflexions magistralement philosophiques sont redevenues littéraires. Tout créateur est un grand rêveur. Pierre Négaud Dupénor ne s’en est pas gêné. Il a rêvé. A imposé son rêve dans les dernières parties de son roman. À vous de l’acheter argent content ou crédit. Je ne me prêche plus. J’en suis un converti.


Je souhaite à tous et à toutes la chance et le bonheur de lire “La Cougar et l’Empathe”. Vous ne serez jamais aussi humains et humaines.


Gaspard DORÉLIEN, MA

vendredi 12 août 2022

 

"Sous le ciel d’Haïti," du bonheur en chanson par Ti Corn

Ce n’est pas juste ma chanson préférée de tous les temps. Ce n’est pas juste les louanges d’une Haïti que même les plus optimistes ne reverront jamais. C’est un hymne à la beauté du son, de la musique, de l’harmonie… Sous le ciel d’Haïti de Ti Corn, un pur bonheur de moins de trois minutes 


Elle n’a pas écrit les paroles de cette chanson, longue de deux minutes et trente-neuf secondes. Elles sont de Marcel O. Gilles. Dit Tonton Gilles. Excellent compositeur capois, décédé en 2009. Ce sont des mots composés pour la voix de Ti Corn. Car elle épouse avec une sincérité décapante chaque phrase, chaque mot pour donner naissance à cette euphonie provoquant la chair de poule à chaque lecture. «Sous le ciel d’Haïti» est cette chanson que le temps ne vieillira jamais.

Une beauté absolue qui nous fait danser, sans demi-mesure, sur les cordes du bonheur. L’auteure de ce trésor en musique nous vient d’Allemagne, mais c’est le Cap-Haïtien qui l’a fait renaître haïtienne.

Cornelia Schütt-Richard pour l’Allemagne

Ti Corn pour Haïti Cornelia Schütt-Richard est née en Allemagne. En 1953. À deux mois, sa mère l’emmène dans la deuxième ville d’Haïti, le Cap-Haïtien. Sa famille y avait planté racine depuis 1832. Sur cette terre, elle sera rebaptisée Ti Corn par sa nounou haïtienne, Anna Colo. C’est à travers la voix de cette dernière qui veillait sur ses jours qu’elle a découvert la chanson traditionnelle et les contes d’Haïti. Anna, ne parlant que créole, par son amour a fait couler dans les veines de Ti Corn tout le rythme et la richesse de la culture haïtienne. Elle a été sa première source d’inspiration. 

Son lien avec les tripes de cette Haïti bariolée, riche, tumultueuse… qui battait la mesure candide de la musique caribéenne. Au Cap-Haïtien, elle a appris à être haïtienne en cheminant sur ses rythmes et dans la chanson et dans la danse. 

Sans se prétendre actrice, Ti Corn a joué dans Anita, de Rassoul Labuchin. Elle a tenu le rôle de Simbi et a prêté sa voix à la chanson thème du film, Anita. Les plus de trente ans ont sûrement été bercés par ses interprétations à succès comme «Colibri,» «Haïti chérie»… Mais «Sous le ciel d’Haïti», vidéoclipée, est celle qui, depuis ma tendre enfance, m’a toujours arraché cette larme de bonheur. Une chanson qui a aiguisé ma sensibilité pour la musique. La bonne musique.

«Sous le ciel d’Haïti» de A à Z

Cette chanson figure sur l’album «Haïti» qui a été réédité en 2010. Le groupe rap «Barikad Crew» l’a mis au goût du jour en reprenant une partie dans l’introduction d’une musique de son deuxième album.

«Sous le ciel d’Haïti», une voix bien assise sur un jeu enchanteur entre la douce vitalité de la guitare sèche et l'entraînante envolée du violon. C’est une guitare qui dandine sous un violon haletant. Elle introduit une voix posée, sincère et affirmative. 

Quand Ti Corn commence à chanter, le violon s’estompe et la guitare fait la route jusqu’aux dernières paroles placées en français. 

«Ah! qu’il est bon, qu’il est doux
 D’être vivant près de vous 
Bien au chaud, détendu 
L’esprit quiet, rigolant 
Sous le ciel d’Haïti 
Oui je l’avoue, j’en suis fière j’en suis folle 
Dieu merci et je chante» 

Le violon revient, solennel, doux, susurrant la mélodie sur des paroles qui donne le frisson à tout amoureux d’Haïti. Des paroles plaçant le pays sur un piédestal pour son originalité; le cachet paradisiaque qui le caractérise et les relations harmonieuses entre habitants. 
«Wi, pami tout peyi ke m konnen sou latè 
Sèl Ayiti orijinal li san parèy 
Paradi sou tè peyi de rèv 
Yon syèl de pè, kote lajan pa di bonè 
Kote tout moun se moun tout moun 
Lè gran maten gade tout moun kouman y ap viv 
Zanmou kouman w ye 
E tout moun, e lakay?» 

À mi-chemin du couplet ci-dessus, le violon ralentit, comme pour prendre son élan, et revient avec la force et la solennité du début pour lancer la strophe suivante. Dans celle-ci, on vante le côté pacifique du pays comparé à d’autres qui forgent des armes pour s’entretuer. Alors qu’en Haïti, on s’entraide, on fait la fête avec le tam-tam. 

«A! Nou pa konn ki gran bonè gen Ayiti 
Lòt ap fè zam pou yo touye tout frè a yo 
Nou n ap fè konbit graje manyòk 
N ap jwe gita, frape tabou fè kè kontan 
Anba pye bwa san kè sote 
Chak jou kon ti poul n al di Bondye yon gran mèsi 
Nou gen yon trezò 
Nan lapè paradi.» 

La même ligne harmonique se reproduit pour la dernière partie de la chanson. Les paroles dénoncent la violence présente dans le quotidien des grands pays. Elle termine pour confirmer qu’Haïti est l’idéal. 

«Nan gwo ki swadizan sivilize 
Krim pou chak jou se pa santèn yo kontwole 
Anbisyon lajan fè ke tout moun 
Pèdi bonte, vini sovaj, viv san pitye 
Kè yo byen di, tanpi pou lòt 
Ayiti cheri gade fòfè nan cinema 
Pa gade gwo kay, gwo foli 
Ou se lideyal manman m, ay! 
Ou se lideyal 
Ou se lideyal» 

Des déclarations positives de ce coin de terre que nous dépeçons chaque jour pour le transformer en enfer à quitter absolument par beaucoup... 

C’est une chanson savamment orchestrée dans une simplicité renversante. Une guitare sèche qui trémousse avec un violon conférant une incontestable solennité à des paroles singulières. Fortes. Chargées de sens. Des paroles d’une Haïti du temps longtemps. Des paroles qui vous scotchent dans un passé meilleur que le présent. «Sous le ciel d’Haïti» est ce court moment de bonheur pour les tympans, l’âme et l’amour d’Haïti. Indétrônable. C’est, de tous les temps, ma musique préférée. 
Merci Ti Corn.

Gaspard DORÉLIEN, Master of Arts



mercredi 4 août 2021

“Skidamarink” de Guillaume Musso, un “happy end” trop classique

Heureusement que j’avais commencé l’aventure avec “Central Park”. Ce dernier a été publié en 2014, tandis que “Skidamarink” a été son premier roman, publié en 2001. L’intrigue de départ c’est du lourd. Mais le “happy end” a complètement ralenti les battements de mon cœur. Une fin, à mon goût, trop classique pour une histoire partie sur des obstacles aussi pharaoniques. 



“
Skidamarink” est le titre d’une comptine Anglo-saxone. Cette chanson que presque tous les Anglais ont écouté du fond de leur berceau a été au cœur d’un mystère que devraient élucider les quatre protagonistes principaux de ce “thriller.”

De quoi parle “Skidamarink,” le roman qui n’avait pas pourtant annoncé le succès fulgurant du romancier préféré des Français, Guillaume Russo?


“À quelques mois des élections américaines, deux événements bouleversent le monde : le vol de La Joconde et l’enlèvement de l’homme d’affaires américain George Steiner, dont la firme règne en maître sur l’industrie de l’informatique et du multimédia.

Quatre personnes, qui ne se connaissent pas, reçoivent un morceau de la toile, accompagné d’une carte portant au recto une citation, au verso une convocation à un mystérieux rendez-vous dans une petite église de Toscane : Magnus Gemereck, célèbre professeur de génétique , d’origine russe mais naturalisé américain ; Vittorio Carosa, prêtre italien luttant pour ne pas perdre la foi ; Barbara Weber, femme d’affaires arriviste ; et Theo MacCoyle, le narrateur, ex-avocat franco-américain aujourd’hui retiré en Bretagne, malgré son jeune âge…

Tous les quatre vont ainsi se rencontrer et tenter, seuls, de résoudre cette affaire : que signifie ce vol spectaculaire ? Qui est le mystérieux expéditeur des paquets ? Et pourquoi les a-t-il choisis, eux ?"


Le narrateur est l’avocat Theo MacCoyle, un personnage qui, au départ, était loin d’être celui que l’on garderait au chaud dans son cœur. Il n’en est pas moins pour les trois autres. Mais avec l’évolution de l’histoire, on apprendra à tolérer et même à aimer plusieurs d’entre eux. 

Comme eux de leurs côtés, le lecteur prendra plaisir à plonger, tête baissée, dans l’histoire de chacun d’eux. Leur intelligence largement au dessus de la moyenne et les particularités de chacun d’eux, mise en commun leur permettra de résoudre les mystères qui leur a été imposé. Comme des sauveurs, des héros du monde moderne, le généticien, la très jolie femme d’affaire, le prêtre et l’avocat, qui représentent chacun un pilier de l’univers sociétal occidental, seront obligés de dépasser leurs clivages, leurs aprioris pour résoudre des problèmes tombés sur leur dos, du jour au lendemain.

   

C’est un roman qui vend un idéalisme d’un monde occidental qui veut combattre un individualisme féroce et placer la morale au coeur des progrès scientifiques dans les domaines de la génétique et de la politique américaine, très dominés par les richissimes gourous du monde des affaires.  


Nos quatre héros ont bien réussi leur mission. Mais pas sans grandes difficultés.  Ce qui a beaucoup aidé à corser l’histoire qui trainait du pied au départ. Certains dénouements et naissances de complicités de certains personnages ont été assez prévisibles. La fin heureuse, moins. Mais caricaturale. Ce qui n’empêche pas au livre de mériter les heures de lecture qu’il exige pour le refermer. J’entame de ce pas le troisième roman de Guillaume Musso. “Et après…” un titre qui ne dit rien, n’invoque rien et qui ne promet absolument rien. J’espère seulement que l’histoire vaudra ce volume de pages plus important que les deux romans que mes yeux ont déjà abattus. On verra “après”.


Gaspard Dorélien

dimanche 7 février 2021

Malcolm & Marie: deux acteurs, un lieu et un chef d’oeuvre


Psychologique! Tonitruant! Malcolm et Marie est un chef d’oeuvre de film. Les deux acteurs, dans un jeu vrai, bluffant, agrémenté de dialogues cohérents et profonds… ont fait écouler 106 minutes. Comme le temps d’un clignement d’oeil. Et Zendaya (qui a été sublime) et Jhon David Washington (digne héritier de Denzel Washington) ont fait honneur au super scénario et à la majestueuse réalisation de Sam Levinson. Le genre de film qui fera le régal de tout cinéphile. Averti!  


Malcolm & Marie. Un film aussi singulier que le titre. Il n’y a eu que deux acteurs, un seul lieu de tournage et le tout servi en noir et blanc. Un film à l’ancienne tourné au goût du jour. Un scénario rempli de sens. Un combat de rabaissement psychologique dans un couple noir. Tout le film tourne autour d’un film que l’acteur, Malcolm, a réalisé. Un réalisateur qui, à ses débuts, se voyait déjà hissé dans les rangs de Spike Lee. 


Il est un Prétentieux, un fabulateur, mais un dur bosseur. La première du film que le couple venait d’assister est très prometteuse. L’oeuvre est très appréciée, même des journalistes n’avaient pas caché leurs satisfactions. À cette grande sortie, Malcolm a été parfait dans son rôle de réalisateur adulé. Mais. Il y a eu ce mais qui changera toute sa soirée. Dans ses propos, d’après la projection, il a remercié tout le monde. Sauf la personne à qui, il devrait, logiquement des remerciements: Marie. Sa compagne. Bienvenue sur le ring des hostilités d’une femme blessée!


Une lutte psychologique


C’est une redondance de dire que Malcolm & Marie est un bon film. L’histoire est forte d’un réalisme qui décoiffe. Le téléspectateur/la téléspectatrice est invité à être témoin des déballages cruels de deux personnes qui n’ont pas eu des pensées froides, d’un côté, comme de l’autre, pour démanteler tout le construit de leurs vécus. Un véritable combat pour débander l’autre et l’anéantir. La rancoeur de Marie comme celle de Malcolm est sans merci. La faute de ce dernier paraît impardonnable et ses excuses bidonnes. Du moins, au départ. La femme longiligne avec des mamelons incroyablement rebelles, ne sait pas mâcher ses mots. Elle les balance, crus, incisifs et déstabilisants dans les oreilles du fier homme. Malcolm est aussi excellent dans ce jeu. Il l’écrabouille comme un petit cafard qui ne sait courir et dégonfle les prétentions de Marie qui croyait que tout le mérite du film lui revenait parce que c’est son histoire qui est contée et qu’elle est l’inspiration de son compagnon-réalisateur. Celui-ci la canonne de révélations les plus démoralisatrices. Enfin, il lui fait comprendre que beaucoup de passages dans le film qu’elle s’était appropriés étaient inspirés de ses histoires passées avec d’autres femmes. Il lui fait aussi comprendre, dans une déclaration des plus fortes, que seul l’amour l’a poussé vers elle et le garde encore auprès d’elle. Elle pleura. 


Au cours de la même soirée, ils redeviennent amis et entamèrent la scène d’amour à laquelle devrait s’attendre le spectateur. Grosse comme une “asperge,” avec un corps appétissant, Marie s’était montrée dans une chemisette blanche contre quoi se battaient ses mamelons indociles et un dessous de la même couleur qui forçait aux devinettes coquines. 


Une critique du film est sortie sur le net. Elle ne plaît pas à Malcolm qui s’attendait à une lecture, hautement élogieuse de son oeuvre. La journaliste, une blanche est tout de suite étiquetée de raciste. Une longue monologue, hautement philosophique, donc  intellectuelle est scandée par le concerné, qui se défendait au départ, ne pas être un intello. Ce papier sur son film montre combien il craint la désapprobation des autres. Sa fulmination est pour le téléspectateur/la téléspectatrice, la preuve que ce dernier est un être émotif qui voit dans le décryptage des autres, une menace contre sa personne ou son oeuvre. Marie prend pourtant la chose avec hauteur. 


Ils recommencent à faire l’amour. On est convaincu que cela ira jusqu’au bout cette fois-ci. Mais non. Les reproches reprirent. Non, Marie fait de préférence à Malcolm la leçon. Regardez le film et vous serez contents/contentes d’apprendre la différence que cela ferait de restituer son dû à une femme.


Sam Levinson a pris beaucoup de risques. Un film, aujourd’hui, en noir et blanc avec deux uniques acteurs en huis clos sur un seul lieu de tournage peut être un ticket aller simple pour un zapping en règle. Au contraire, Malcolm & Marie a accroché. Soutenu par les rebondissements sans cesse renouvelés et le jeu crédible des deux protagonistes (même si je pense que Zendaya - Zendaya Maree Stoermer Coleman - a été une bombe dans son rôle, une maestria!), on oublie rapidement la monochromie des images. Certains plans étaient de l’ordre de la poésie. Loin d’être lassant, le dialogue soutenu des acteurs est un autre atout de ce film. L’urgence de le voir est impérieuse. Promesse de cinéphile.


Gaspard Dorélien, MA