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mercredi 12 février 2025

Dre Mary : “une mort sans douleur, s'il vous plaît"

 Je ne sais pas quoi en dire. Je suis tiraillé entre reconnaître que c’est une excellente série et une aversion pour ceux qui sont derrière cette réalisation où la mort se commande comme un gâteau à la vanille : douce et agréable.


J’ai même eu envie d’essayer cette mort douce au “Pentobarbital”. Au départ, j’ai cru que ce nom de sérum de la mort était une création spéciale pour la série. J’ai hésité à le googler. Mais c’était tellement récurrent que j’ai fini par le faire. Le grand choc : le Pentobarbital existe. Et, comme dans la série, il aide à mourir de la façon la plus douce. On tombe dans le sommeil, et s’il existe effectivement un au-delà, on se réveillera tranquillement, sans heurt et sans douleur de l’autre côté.

Dans cette série “Dre Mary : mort sur ordonnance”, qui compte trois saisons, chacune composée de six épisodes, sortie en 2017 et disponible sur Netflix depuis le début de cette année, une docteure, aidée d’un chirurgien esthétique ayant perdu sa licence de praticien, “aide”, pour 10 000 dollars, des malades en phase terminale à bénéficier du luxe de mourir sans souffrir. La règle d’or de cette paire d’anges de la mort, c’est que la commande doit venir de la personne concernée et qu’un diagnostic médical ait condamné l’intéressé(e).

La docteure Mary Harris défend des arguments avec ferveur tout au long de la série, affirmant que la vie appartient à celui ou à celle qui la vit et qu’il ou elle devrait pouvoir décider quand la laisser partir. Cela permet d’éviter les douleurs qui précèdent une mort certaine, laquelle l’attend au bout du tunnel. C’est un véritable plaidoyer pour le courant de l’aide à mourir. Ce sujet m’a presque accueilli au Canada à mon arrivée sur cette terre d'accueil à la fin de 2022. Presque tous les jours, la seule station de radio que j’écoutais, Radio Canada, en parlait. Et justement, la série se déroule au Canada. J’y ai reconnu les plaques d’immatriculation de l’Ontario, la neige, les rivières et lacs gelés, et la ville de Montréal est mentionnée non pas comme une ville étrangère, mais comme une région du même et vaste territoire. Pour ne pas vous “spoiler”, j’éviterai d’en dire plus. Néanmoins, l’histoire m’a captivé depuis qu’elle m’a été recommandée par la seule personne avec qui je partage mon compte Netflix.

Le jeu des acteurs est très bon. L’histoire est cohérente. Les plans, la musique, les costumes, les accroches, les obstacles imposés aux protagonistes… tout a été habilement ficelé.

Le seul hic, c’est la mort que vous allez devoir digérer comme un gâteau à la vanille. C’est si bien présenté que l’envie d’essayer pourrait vous titiller l’esprit. Âmes aux penchants suicidaires, s’abstenir, s'il vous plaît.

12.02.25 
2 h 40 AM

dimanche 7 février 2021

Malcolm & Marie: deux acteurs, un lieu et un chef d’oeuvre


Psychologique! Tonitruant! Malcolm et Marie est un chef d’oeuvre de film. Les deux acteurs, dans un jeu vrai, bluffant, agrémenté de dialogues cohérents et profonds… ont fait écouler 106 minutes. Comme le temps d’un clignement d’oeil. Et Zendaya (qui a été sublime) et Jhon David Washington (digne héritier de Denzel Washington) ont fait honneur au super scénario et à la majestueuse réalisation de Sam Levinson. Le genre de film qui fera le régal de tout cinéphile. Averti!  


Malcolm & Marie. Un film aussi singulier que le titre. Il n’y a eu que deux acteurs, un seul lieu de tournage et le tout servi en noir et blanc. Un film à l’ancienne tourné au goût du jour. Un scénario rempli de sens. Un combat de rabaissement psychologique dans un couple noir. Tout le film tourne autour d’un film que l’acteur, Malcolm, a réalisé. Un réalisateur qui, à ses débuts, se voyait déjà hissé dans les rangs de Spike Lee. 


Il est un Prétentieux, un fabulateur, mais un dur bosseur. La première du film que le couple venait d’assister est très prometteuse. L’oeuvre est très appréciée, même des journalistes n’avaient pas caché leurs satisfactions. À cette grande sortie, Malcolm a été parfait dans son rôle de réalisateur adulé. Mais. Il y a eu ce mais qui changera toute sa soirée. Dans ses propos, d’après la projection, il a remercié tout le monde. Sauf la personne à qui, il devrait, logiquement des remerciements: Marie. Sa compagne. Bienvenue sur le ring des hostilités d’une femme blessée!


Une lutte psychologique


C’est une redondance de dire que Malcolm & Marie est un bon film. L’histoire est forte d’un réalisme qui décoiffe. Le téléspectateur/la téléspectatrice est invité à être témoin des déballages cruels de deux personnes qui n’ont pas eu des pensées froides, d’un côté, comme de l’autre, pour démanteler tout le construit de leurs vécus. Un véritable combat pour débander l’autre et l’anéantir. La rancoeur de Marie comme celle de Malcolm est sans merci. La faute de ce dernier paraît impardonnable et ses excuses bidonnes. Du moins, au départ. La femme longiligne avec des mamelons incroyablement rebelles, ne sait pas mâcher ses mots. Elle les balance, crus, incisifs et déstabilisants dans les oreilles du fier homme. Malcolm est aussi excellent dans ce jeu. Il l’écrabouille comme un petit cafard qui ne sait courir et dégonfle les prétentions de Marie qui croyait que tout le mérite du film lui revenait parce que c’est son histoire qui est contée et qu’elle est l’inspiration de son compagnon-réalisateur. Celui-ci la canonne de révélations les plus démoralisatrices. Enfin, il lui fait comprendre que beaucoup de passages dans le film qu’elle s’était appropriés étaient inspirés de ses histoires passées avec d’autres femmes. Il lui fait aussi comprendre, dans une déclaration des plus fortes, que seul l’amour l’a poussé vers elle et le garde encore auprès d’elle. Elle pleura. 


Au cours de la même soirée, ils redeviennent amis et entamèrent la scène d’amour à laquelle devrait s’attendre le spectateur. Grosse comme une “asperge,” avec un corps appétissant, Marie s’était montrée dans une chemisette blanche contre quoi se battaient ses mamelons indociles et un dessous de la même couleur qui forçait aux devinettes coquines. 


Une critique du film est sortie sur le net. Elle ne plaît pas à Malcolm qui s’attendait à une lecture, hautement élogieuse de son oeuvre. La journaliste, une blanche est tout de suite étiquetée de raciste. Une longue monologue, hautement philosophique, donc  intellectuelle est scandée par le concerné, qui se défendait au départ, ne pas être un intello. Ce papier sur son film montre combien il craint la désapprobation des autres. Sa fulmination est pour le téléspectateur/la téléspectatrice, la preuve que ce dernier est un être émotif qui voit dans le décryptage des autres, une menace contre sa personne ou son oeuvre. Marie prend pourtant la chose avec hauteur. 


Ils recommencent à faire l’amour. On est convaincu que cela ira jusqu’au bout cette fois-ci. Mais non. Les reproches reprirent. Non, Marie fait de préférence à Malcolm la leçon. Regardez le film et vous serez contents/contentes d’apprendre la différence que cela ferait de restituer son dû à une femme.


Sam Levinson a pris beaucoup de risques. Un film, aujourd’hui, en noir et blanc avec deux uniques acteurs en huis clos sur un seul lieu de tournage peut être un ticket aller simple pour un zapping en règle. Au contraire, Malcolm & Marie a accroché. Soutenu par les rebondissements sans cesse renouvelés et le jeu crédible des deux protagonistes (même si je pense que Zendaya - Zendaya Maree Stoermer Coleman - a été une bombe dans son rôle, une maestria!), on oublie rapidement la monochromie des images. Certains plans étaient de l’ordre de la poésie. Loin d’être lassant, le dialogue soutenu des acteurs est un autre atout de ce film. L’urgence de le voir est impérieuse. Promesse de cinéphile.


Gaspard Dorélien, MA