jeudi 15 février 2024

Ma meilleure lecture depuis 2024

Je n’ai pas eu à réinventer la roue. J’ai lu le livre en 24 heures et j’ai été comme métamorphosé. J'ai mûri, aimé davantage, pardonné. Et je m’apprête, À l'instar de Camille, la protagoniste principale du roman “Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une”, de Raphaëlle Giordano, à restituer ce que j’ai appris. Pas dans ce compte rendu de lecture. Bien entendu!



Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une est un roman écrit par une femme, pour les femmes. Que les foudres des féministes trop ailées ne me terrassent pas, mais il existe bien une littérature féminine. Avec des sujets éminemment féminins et écrit dans le langage qui ne devrait appâté que les femmes, au regard des construits que la société a forgé pour le deuxième sexe. Mais, définitivement après avoir découvert en 2022  la magie de la littérature “girly” avec Virginie Grimaldie, j'ai décidé de m'affranchir des préjugés masculins et de m'y plonger. Deux catégories de personnes devraient s’y verser: toutes les femmes et les hommes intelligents.


Bien loin d’une histoire faite de paillettes et de prince charmant (que Dieu me préserve de certaines foudres), “Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une”, est un véritable ouvrage de reconstruction de soi, d'atteinte du bonheur, de lâcher-prise, de soulagement par le pardon et du concept de "hâte-toi lentement".


À travers l’histoire d’une femme, Camille, aidée d’un “routinologue”, nommé Claude, on a le loisir de suivre étape par étape comment l’on peut arriver à changer notre routine maladroite, étriquée par toutes les vicissitudes de l’existence, à une vie épanouie dans son couple,  renouer avec son enfant et ressusciter un rêve oublié pour en faire le pivot de sa vie transformée.


C’est un livre avec des dialogues, un poil, clichés, et quelques invraisemblances, mais au bout de la ligne, c’est un merveilleux livre que nous a sorti Raphaëlle Giordano. Une bouffée d’espoir dans l’exigeante et fugace réalité à l’ère de la réussite que tout le monde affiche sur les réseaux sociaux et où tout les monde est bon ou est la victime de l’autre.


Je l’ai lu en 24 heures. En fait, 32 heures pour être précis. Et c’est jusqu’à présent, ma meilleure lecture, mon meilleur investissement de temps en littérature du deuxième sexe depuis le 1e janvier 2024.

Je le recommande vivement. Et vous me ferez savoir si, oui ou non, vous allez, vous aussi restituer aux autres une partie de la nouveauté qui émaille votre vie. Seuls ceux et celles qui arriveront à la fin du 35e chapitre saisiront pleinement ma pensée. Bonne immersion!


Gaspard DORÉLIEN, MA

Ottawa

19h19

15.02.24

dimanche 11 février 2024

90 minutes de pure merveille par Corneille



Il a laissé pousser sa barbe sous son menton, maintenant tout grise. Ses cheveux affichent une coupe différente, également parsemée de fils argentés. Ses lunettes aux larges montures noires encadrent son visage. Il est méconnaissable par rapport à celui qui avait envoûté le Parc Historique de la Canne-à-Sucre le 18 décembre 2011 à Port-au-Prince. Treize ans plus tard, à Gatineau, moi et probablement plusieurs dizaines parmi les nombreux Haïtiens présents dans la salle, l'avons retrouvé au Québec, le samedi 10 février 2024.

Sa voix n'a pas pris une ride, tout comme sa capacité à captiver son public. Quatre-vingt-dix minutes de pure merveille. C'est ce que Corneille a offert à la Salle Odyssée ce samedi soir de février 2024, à Gatineau. La salle était remplie de fans de 10 à 80 ans. Pour nous, Haïtiens, cela a été particulièrement marquant, revenant sur ce moment vécu avec lui à Port-au-Prince en décembre 2011. Nous avons savouré ce concert avec une intensité double. Revivre ce moment où assister à un concert un dimanche soir n'était pas interdit. Car depuis plusieurs années, nos compatriotes reçoivent des armes et des munitions qu'Haïti ne fabrique pas pour semer la terreur. L'excitation ou le bonheur d'un tel moment à Port-au-Prince est un rêve que seuls des héros osent faire.

Les premières notes de sa voix douce ont résonné dans la salle à 20h12. Ce n'était pas une chanson que je connaissais. Mon amour pour sa musique s'était figé dans le temps depuis son album "Parce qu'on vient de loin," sorti en septembre 2002, même si je l'ai réellement découvert en 2004. Le deuxième morceau m'a parlé. C'était "Le jour après la fin du monde." Des titres que je connaissais se glissaient entre d'autres que je n'avais jamais écoutés. Mais l'atmosphère restait constante. Les fans les plus fervents répondaient en chœur et dansaient en harmonie avec l'artiste, diffusant le bonheur à travers sa voix, soutenu par ses deux choristes et sa bande de musiciens.

Corneille a annoncé qu'il allait faire faire tout un tas de choses à ce public enthousiaste. Une promesse qu'il a tenue, en invitant surtout les hommes à l'aider à rendre hommage à la femme à travers son morceau légendaire "Le Bon Dieu est une femme." Il semblait n'y avoir que des hommes assez éclairés dans la salle pour admettre que le Bon Dieu ne peut être qu'une femme. Ils ont été des choristes exceptionnels, a reconnu Corneille.

À partir de cette chanson, presque toute la salle a assisté debout au reste du concert. Ce sont des morceaux que tout le monde, vraiment tout le monde, même moi, connaissait.

C'était un moment merveilleux. Le public s'est connecté avec l'artiste, et lui, tout sourire, a livré la marchandise. Il ne doit vraiment pas exister beaucoup d'autres expressions artistiques comme la musique pour nous donner des ailes pour voler côte à côte avec le bonheur. Merci, Corneille!

Gaspard Dorélien, MA

10.02.24

23h23

vendredi 9 février 2024

J’ai testé le menu du chef Paul Toussaint au 1 Elgin pour vous


J’étais parti pour choisir au pif, un restaurant gastronomique, ce vendredi, à l’heure du déjeuner. En longeant Elgin Street, au coeur d’Ottawa, je me suis rappelé qu’un fin gourmet m’avait dit que le fameux chef haïtien au Canada, Paul Toussaint, avait ouvert un restaurant au Centre National des Arts. J'ai entraîné ma collègue, qui m'accompagnait, dans les splendides locaux du CNA.Nous avons tous deux opté pour le griot avec "plantain chips". C'était exquis. Mais sauf que le chef Toussaint n’est pas  propriétaire 
Le plat griot  du chef Paul Toussaint au 1 Elgin                                                                                                                     

 du 1 Elgin. Je vous explique!


En fait, c’est moi qui avais mal compris l’information. La personne qui m’avait parlé du restaurant ne m’avait pas dit que le restaurant était au prodige venant de Jacmel, Haïti. Mais plutôt qu'il était l'heureux bénéficiaire du programme de Chefs en résidence de cette célèbre adresse gastronomique et culturelle d’Ottawa. J’étais tout heureux en pénétrant le restaurant tout en me disant intérieurement que là, il n’y avait pas de doute, Paul Toussaint avait de très gros moyens. Le cadre, luxueux, impeccable ne correspondait pas du tout à l’image d’entrepreneurs naissants que j’ai des compatriotes de ma communauté. 


Le chef en résidence au 1 Elgin, propose un menu inspiré de son propre menu. Donc, le chef Toussaint  offre sa carte haïtienne/caribéenne de son restaurant Kamú de Montréal aux fins gourmets du centre-ville d'Ottawa jusqu'au mois de mars. J'ai testé pour vous et j'ai été séduit! Conquis!


Même si vous êtes un habitué de la haute cuisine, et particulièrement si vous êtes Haïtien, vous serez agréablement surpris par le dressage de notre fameux griot de porc. Permettez-moi de vous décrire le plat que ma collègue et moi avons eu le plaisir de savourer. 


Le Chef Paul Toussaint (Photo Darwin Doleyres)

Avant de parler du plat, laissez-moi vous décrire le cadre. Il faut descendre au P1 et longer plusieurs couloirs ornés de photos de plats appétissants soigneusement présentés. Le restaurant est vaste et peut accueillir une centaine de clients, voire plus. Les chaises rembourrées en faux cuir blanc et les tables en bois noir sans nappes créent un contraste saisissant. Le bar se trouve au centre de la salle qui baigne dans la lumière provenant de la baie vitrée de la terrasse qui borde le 
Le Chef Paul Toussaint (Photo Darwin Doleyres)

canal rideau. Le cadre, fort agréable, est propice à des moments inoubliables.


Les prix ne sont pas très lourds. Et le menu reflète véritablement les saveurs caribéennes. Lambi, Soup joumou, griot, “poisson haïtien”… côtoient la salade césar de la maison.


Notre choix de griot est présenté dans un plat noir allongé où les petits quartiers de viande reposent sur un lit de “pikliz”de choux. Les chips de banane plantain ondulés s'entremêlent avec la viande et des brins de cresson alénois. Une sauce acidulée-sucrée-salée fait briller les morceaux de griots frits à la perfection: croustillants et juteux en même temps. Une tranche de citron achève la présentation appétissante du plat. J’applaudis des deux mains la créativité du chef Toussaint.



Pour un Haïtien, féru de piment comme moi, la pikliz qui n’était absolument pas piquante a déplu. Mais le griot était parfait! Ma collègue a aussi aimé, mais n’a pas apprécié autant que moi la sauce aigre-douce ajoutée au griot. Ma collègue a également apprécié, même si elle aurait préféré que la sauce aigre-douce soit servie à part. Selon elle, la sauce a altéré quelque peu la saveur authentique du griot. Quant à moi, je ne discute pas des goûts. En tant que bon aventurier culinaire, j'ai apprécié cette nouvelle expérience. 


Le 8 mars, Amanda Ray, Cheffe Exécutive au Drake Devonshire succédera au Jacmélien qui fait la fierté de la gastronomie haïtienne sur la paisible terre du Canada. Il parait que la transition ce sera tout un événement. J’ai demandé à quelqu’un de m’inviter. Si c’est fait, vous aurez de mes nouvelles, à nouveau avec le chef Toussaint. Sinon, au plaisir de vous faire saliver vendredi prochain, au coeur de la ville d’Ottawa.


Gaspard Dorélien, MA

09-02-24

15h15

mardi 18 avril 2023

« Le mal du pays »


C’est personnel. Je vis chaque mot. Chaque phrase. Chaque accord de cette guitare singulière. Je subis le mal du pays dans la chanson au même titre, de l’immortel Manno Charlemagne. On dit que pleurer soulage. Mais mon cœur devient plus lourd à chaque écoute. Reviendrai-je “chanter les espoirs de mon île?”


Manno Charlemagne 1948-2017

Je m’étais toujours dit que le mal du pays, c’est pour les autres. De mon île exploitée, je n’avais jamais prévu de m’éloigner assez longtemps pour connaître le mal du dépaysement. 

 

Le mal du pays est ce pincement, cet inconfort, cette sensation d’être toujours incomplet, ce mal tout court… de perdre l’odeur nauséabonde de la pisse dans certains coins de rue; le cris dérangeant des marchands ambulants; le bruit strident et cacophonique de la ville… mais aussi le bleu qui semble être permanent dans le ciel; l’odeurmarine des côtes qui vous empli le poumon de son souffle unique; la résilience des guerrières et des guerriers qui sont plus têtus que les maux qui semblent habiter cette portion de l’île; cette fierté d’être un descendant de ceux-là et de celles-là qui ont inventé la liberté; d’être de cette terre où tout ancien esclave devenait libre dès qu’il la foulait…

 

Le mal du pays, excellemment orchestré par Manno Charlemagne, n’aidant pas, m’a fait réaliser à quel point j’étais loin de la mer. D’admettre qu’il pouvait faire froid pendant plusieurs mois de l’année. Relativiser devient pour les exilés du jour et de l’avant-jour une philosophie de tout instant.

 

Je ne suis pas maso, mais je ris quand j’entends ici l’histoire d’un poignardé faire la une pendant une semaine dans les médias… Alors que notre quotidien là-bas, c’est une suite de tous les maux de la vie qu’on égraine sous le regard témoin du soleil. chanson rappelle la ballade nocturne des hommes encagoulés qui arrachaient les “fils bien-aimés” de leurs familles; les accords des mitrailles qui violent régulièrement la tranquillité fragile de la nuit.

 

Cette chanson est un cri complet qui vous fend le cœur par sa démarche de prise de conscience de notre situation d’exilés; une invitation à revenir pour “chanter la liberté” et provoquer du même coup la mort des tyrans qui ont malmené le pays. 

 

Les pleurs brûlants me sortent des yeux, particulièrement à chaque lecture d’une interprétation de cette chanson par l’Haïtienne Gaya Michel Élie au concours La Voix, en 2015 au Canada. Cette talentueuse chanteuse, loin de travestir cette chanson légendaire, profonde et magique, l’a bonifiée par sa voix puissante, sincère et sûre. 

 

La chanson est aussi une invitation sous forme interrogative à retourner là-bas pour “chanter à nouveau les espoirs de notre île”. Sans l’ombre d’un doute. On peut bien la quitter cette terre. Mais même avec ses imperfections et ses maux, elle ne vous quitte jamais. 

 

Même si en pleurer ne m’a point soulagé, pleurons ensemble, vous tous exilés et auto-exilés haïtiens du monde entier. Pleurons fort. Pleurons vrai. Les larmes trouveront la route jusqu’à l’île et laveront la terre des maux pour lesquels nous continuons de nous exiler. Pleurons! Les pleurs, sauf pour moi, conjurent “le mal du pays”.

 

Gaspard DORÉLIEN, MA

Ottawa

 


samedi 8 avril 2023

Alan Cave, la meilleure voix de la musique haïtienne de tous les temps 

 

On a eu des Ti Manno, Amstrong Jeune, Réginald Cangé... Mais Alan Cave, sans forcé et sans le vouloir, peut-être, a dépassé les meilleures voix du compas et la musique haïtienne en général. Il a la magie du chant. Il ne force rien. Il chante comme un dieu. Contestez, si vous voulez, mais Alan Cavé est la meilleure voix du Compas et la musique venant d’Haïti. De tous les temps. 

Je commencerai par un petit exercice. Il n’est pas périlleux mais assez ardu. J’espère que le résultat sera exhaustif. De quoi s’agit-il? Mettre la beauté de la voix d’Alan Cavé en images. Visuellement, elle serait comme une fraîche rosée, assez fine pour être discrète. Une rosée de la bonne heure du matin qui s’incruste à très faible dose avec une lenteur enivrante sur les pétales, les feuilles des fleurs… Et une fois là, une harmonie naît. Les plantes deviennent lumineuses et crèvent les yeux, séduisent, envoutent… avec leur beauté. 


À l’oreille, la voix d’Alan Cavé est un son sûr, suave et haletante qui fait l’amour à nos tympans. En plus de cette douceur qui caractérise la voix du chanteur, la majorité des textes qu’il chante sont très forts en poésie. La majorité des interprétations du chanteur, notamment sur ses albums solo, sont le mariage d’une voix qui séduit et de paroles captent par leur grand élan poétique.


Georges Alan Cave est sans aucun doute l'une des figures les plus emblématiques de la musique haïtienne. Né en 1966 à New York, il a grandi dans une famille de musiciens et a commencé à chanter dès son plus jeune âge. Après avoir passé plusieurs années aux États-Unis, il est retourné en Haïti pour se lancer dans une carrière musicale qui allait marquer l'histoire de la musique compas. 


Pour le journaliste culturel Jean Venel Casséus “la grande plage de variétés que peut atteindre la voix d’Alan Cavé dépasse le cadre du compas. Et ce serait dommage de le confiner dans le stricte genre Compas… Pour moi Alan Cavé est la meilleure voix de Compas de tous les temps”. 


De son côté, le chroniqueur et critique musical Jhonny Célicourt décrit la voix d’Alan Cavé comme “Onctueuse, feutrée, mielleuse et qui vous transporte”. Monsieur Célicourt ne va pas jusqu’à lui accorder l’étiquette de meilleure voix de la musique haïtienne, mais c’est sans retenu qu’il clame que c’est “l’une des meilleures voix de la nouvelle génération de la musique haïtienne”.


Le compas, le genre musical haïtien a émergé dans les années 1950. Il combine des éléments de différents styles musicaux tels que la salsa, le merengue et le jazz, et est connu pour ses rythmes entraînants et son instrumentation riche. Alan Cave a rapidement acquis une renommée dans le monde du compas grâce à sa voix exceptionnelle et sa présence scénique captivante.



Il a commencé sa carrière musicale en tant que membre du groupe Zin, avec lequel il a sorti plusieurs albums à succès, dont “O pa” (1988) et “Kanpe sou yon bit” (1999). Mais il a véritablement brillé en tant qu'artiste solo. En 2001, il a sorti son premier album solo intitulé "Se pa ou dat", qui a connu un succès immédiat en Haïti et dans la diaspora haïtienne.


Depuis lors, Alan Cave a sorti plusieurs albums à succès, notamment "Douce" en 2005, "Zouk Kreyòl" en 2009 et "Tèt ou" en 2017. Chacun de ses albums est un mélange captivant de rythmes compas, de ballades romantiques et de collaborations avec des artistes haïtiens et internationaux renommés.


Mais ce qui distingue Alan Cave de nombreux autres artistes du compas est évidemment sa voix. Elle est indécemment riche et cette voix est à la fois tendre et puissante, capable de transmettre une large gamme d'émotions. Sa voix est profonde, sensuelle, mélancolique à souhait et pleine de nuances, et il sait l'utiliser pour donner vie à ses chansons.

Pour Ismaëla, jeune mélomane haïtienne qui vit au Canada, “Alan Cavé est exceptionnel”. 


Il est donc facile de comprendre pourquoi Alan Cave est considéré comme la meilleure voix du compas de tous les temps. Il a été salué par des critiques musicaux de partout pour sa voix exceptionnelle, son talent d'auteur-compositeur et sa contribution à la musique haïtienne.


Alan Cave est un artiste qui a marqué l'histoire de la musique compas. Il a une voix qui est à la fois puissante et émouvante. Il est sans aucun doute l'une des figures les plus emblématiques de la musique haïtienne et sa contribution à l'évolution du compas est inestimable. Alan Cave est un artiste talentueux et engagé, qui a réussi à se faire une place dans le cœur des Haïtiens et des amateurs de musique compas du monde entier. Sa voix unique et sa personnalité charismatique ont fait de lui une légende vivante de la musique haïtienne, et son héritage musical continuera de résonner pendant de nombreuses années à venir.


Gaspard Dorélien, MA

Ottawa

samedi 25 mars 2023

Zèklè à Montréal: retrouvailles, nostalgie et de “l’or en bouche”


C’est une rencontre, un oasis dans la grisaille de ce territoire de l’Amérique du Nord, des retrouvailles… qui n’auraient pas dû avoir lieu. Joël Widmaïer, le lead vocal de Zèklè, pert sa voix la veille. La possibilité d’annuler cet événement attendu était même sur le tapis. Ce pire a été évité. Le miracle a eu lieu. À l’auditorium du Collège Ahuntsic, à Montréal, le samedi 25 mars, un public enjoué s’est communié avec la bande, a complété la voix du chanteur principal, pour s’offrir du bonheur, des retrouvailles avec des sons qui ont dévalé le temps pour se laisser rattraper ce samedi soir… “De l’or en bouche” comme l’a si bien qualifié Nerlande Gaëtan Civil, coordonnatrice de la Compagnie Théâtre Créole, instigatrice de ce concert mémorable.


Mémoire ressuscitée 


 Ce qui reste de plus précieux dans le vécu de chaque homme et de chaque femme est monté de A à Z de souvenirs. 

On garde précieusement et jalousement la mémoire de tout ce qui nous a fait rire, pleurer, réfléchir, maudire, plébisciter… des bouts de notre vie. C’est ce ciment qui a soudé tout le public, yeux allumés, oreilles en alerte, voix synchronisées… pendant 90 minutes d’horloge. La musique de Zèklè a été pour tous, pour toutes, en tous, en toutes, par tous et par toutes. 


Ce sont des hommes et des femmes qui connaissent Zèklè et tout son répertoire qui se sont agrippés au bonheur des souvenirs qui ont 20 à 40 ans d’âge. 


Du vieux et du neuf


Ce n’est pas le Zèklè qui compte 40 ans qui a fait le déplacement. Certains membres de ce groupe sont partis pour l’au-delà depuis plusieurs années. Le dernier,  le virtuose du tambour, Arius Joseph, a fait le grand saut le 20 mars, 5 jours avant la date de ce concert. Mais des doigts d’or de la musique haïtienne se sont joints à Joël, à Mushi… pour faire renaître sons et paroles qui ont fait le quotidien des trentenaires, des quarantenaires… et des septuagénaires présents dans l’amphithéâtre du Collège Ahuntsic. Raoul Denis Junior, Ti Claude Marcelin, Gérarld Kébreau, Kéké Bélizaire et Fabrice Rouzier, entre autres, ont valablement remplacés ceux qui n’étaient plus là. 

Emmanuela, la plus jeune sur le podium et choriste de la circonstance a magistralement joué le duo avec Joël sur deux légendaires morceaux du groupe, dont “Ou te di m”. 


Du vieux, bonifié, du neuf, pétillant, se sont épousés pour faire de cette soirée un moment de béatitude parfaite. 


Point besoin d’être devin pour réaliser que ces Haïtiens qui ont laissé cette Haïti qu’ils chérissent, se sont abreuvés de ces bribes de leur pays qui ont flotté sur tous les airs chantés et fredonnés ce samedi 25 mars.

Plus que des souvenirs, c’est l’odeur, le goût et les cris de cette terre de soleil qui les habite que Zèklè les a fait revivre durant ces 90 minutes. 21h53. La dernière note du concert s’est tue. Mais tous et toutes sont partis à travers les rues enneigées de Montréal, avec des échos éternels dans la tête et dans le cœur. 


Gaspard DORÉLIEN, MA 

Montréal

samedi 4 mars 2023

Virginie Grimaldi a le don divin

Cette autrice ne crée pas juste des histoires. À l’instar de Dieu, elle crée des mondes, des êtres, des personnages plus vivants que ceux que l’imaginaire dessine quand on s’abreuve d’un récit.


J’ai pleuré sur le dernier chapitre de son roman “Tu comprendras quand tu seras grande” et davantage sur les derniers paragraphes de l’épilogue de “Les possibles”. Pour ce dernier, les larmes m’ont fortement brûlé la rétine. Les mots de Grimaldi doivent avoir cette magie qui peut catapulter le cœur et l’âme dans la galaxie du sensible. Cru. Tangible.

C'est décidé, j’adopte Virginie Grimaldi

Il y a une telle candeur dans l’image des héroïnes de ces deux romans; une indescriptible beauté dans les dires; un ressenti qui vous tord les tripes à chaque chapitre; un réalisme majestueux à chaque relance; un humanisme merveilleux dans les familles qu’elle nous offre comme amies tout au long de la lecture; une tendresse généreuse qui habite chaque pan de l’histoire. J’adopte Virginie Grimaldi. Je lirai tous ses romans avant l'été 2023. Promis.

Je termine à peine "Les possibles" que je commence déjà à dévorer “Le premier jour du reste de ma vie”. Ce sera au prix d’une promesse ratée que je m’étais faite: “terminer au 28 février 2023 le volumineux et entraînant roman “Americanah” de la très talentueuse romancière nigérienne, Chimamanda Ngozi Adichie. Je terminerai avant la fin de la semaine prochaine les 16 chapitres qui restent à abattre des 55 que contient ce petit bijoux de la littérature americano-nigérienne.


La découverte fortuite de Grimaldi

J’ai découvert Virginie Grimaldi grâce à la photographe, paysagiste et protraitiste, Sherlyne Volel, qui a posté sur le statut de son profil WhatsApp, en 2022, un extrait de “Il est grand temps de rallumer les étoiles”. Ce roman, je l’ai terminé à la première semaine du nouvel an. J’ai aussi lu que ses romans étaient du genre  “girly”. Mais après avoir été happé par le premier, je viens de dévorer comme un affamé de lettres, un deuxième ensuite un troisième et je me fonce, déjà tout conquis, dans la lecture d’un quatrième. J'en suis au 18e chapitre. Et je le répète: j'adopte cette autrice. Qu'on classe ses écrits dans la catégorie de littérature pour femme, je m'en moque. Je rejoins, yeux fermés, coeur ouvert, âme sensible... le club de ses groupies. 

J’ai toujours aimé les personnages féminins dans les romans. Et cette écrivaine sait comment les créer avec toute la force et la faiblesse d’une humaine qui est vraie. Singulière. Authentique. Le genre d'humaine aimable, aimante et inspirante.

J’ai versé des larmes pour chanter toute la beauté de ces livres. Je pleure souvent devant le charme d’une chanson mélancolique, devant la fin heureuse ou malheureuse d’un film savamment réalisé. Mais Grimaldi est la première à m’arracher des larmes pour un livre. Que dis-je? Deux livres. Cela doit être pour ça qu'elle est l'écrivaine française la plus lue.

Dans les trois romans de cette autrice française que j’ai lus jusque là, on fait connaissance avec des situations plus vraies que nature, décrites avec un humour non forcé. Les deux derniers romans mentionnés plus haut, sont de véritables “sprint” pour apprendre et maitriser l’art de la répartie. Vous comprendrez tout, si vous aussi, lisez ces palpitantes histoires drôles, profondément humaines, psychologiques et incontestablement vraies!

“Tu comprendras quand tu seras grande”

“Tu comprendras quand tu seras grande” est conté du point de vue d’une psychologue qui, pour échapper à ses démons, postule dans une maison de retraite, Les Tamaris"  pour encadrer les résidents. Alors qu’elle même mériterait d’être encadrée pour faire face aux maux internes qui la déséquilibre littéralement. Mais tant bien que mal, elle arrive à impacter, à même changer, pour le meilleur, l’existence de ces mamies et papis qui vont l’adorer et qu’elle affectionne fort bien aussi.
En tentant d’aider ceux-là et celles-là qui arrivent au crépuscule de leur vie, elle s’est aidée elle-même à remonter la pente des traumatismes qu’elle traine douloureusement. Mais il faut lire jusqu’à la fin pour comprendre que c’est à dessein qu’elle a été à cette maison de retraite. En bonus, elle y retrouvera l’amour. Je n’en dis pas plus. Je vous laisse découvrir, de par vous-même, les contours et les aboutissants de ce tendre roman. Le troisième roman que j’ai lu de cette autrice n’en fut pas moins exaltant.

Les possibles


Dans "Les possibles", Grimaldi nous installe au cœur des fortes émotions d’une héroïne aux prises de son père qui perd le contrôle de son psyché, de son fils qui accuse du retard d’apprentissage, de sa mère qui se rebelle contre les rides et les regrets d’un amour familial qu’elle n’a pas su vivre au complet.

On apprend dans ce roman comment la patience et la tolérance, quand elles deviennent indispensables dans le quotidien, sont des qualités qu’on peut nourrir et laisser grandir.

On y apprend aussi comment ne pas devoir regretter plus tard les beaux souvenirs générés dans l’amour parental. Comment vivre et profiter de chaque parcelle d’affection, d’attention, de rires… que la vie nous offre au sein de notre famille.

C’est une histoire touchante, mais excessivement drôle. Mais les fous rires que vous emmagasinerez dans chaque chapitre du livre, ne pourront pas retenir des larmes dans la lecture de la fin. Bon, aucune gratie pour les larmes si votre âme n'est pas pareille à la mienne. 

J’ai tellement aimé l’héroïne, les réparties de son père, que j’ai recommencé la lecture de plusieurs chapitres pour retarder la progression de l’histoire. Les personnages ont été miens. J’ai connu la peur qu’ils me manquent quand j’aurai à refermer définitivement le livre. Et je vis déjà le chagrin de ne plus les avoir aussi vivants dans ma tête. Merci Virginie Grimaldi. Avec ta plume, tu es l’égale de Dieu.

Gaspard DORÉLIEN, MA
Ottawa, 04 mars 2023