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dimanche 17 novembre 2024

Sublime rendez-vous de Beethova Obas à Gatineau

 Sans fioriture, sous le rythme d’instruments adroitement travaillés, Beethova Obas a marqué un rendez-vous de l’Histoire d’Haïti à Gatineau. À travers un concert au Musée canadien de l’Histoire, le légendaire artiste haïtien fort de 35 ans de carrière a ravi un public de tous âges le dimanche 17 novembre. Petit compte rendu! Exhaustif à souhait!



“On ne se lassera jamais de se remémorer ce haut fait d’armes de notre histoire. La grande victoire de l’armée indigène contre les forces colonialistes françaises à Vertières, le 18 novembre 1803, est une branche à laquelle nous restons accrochés, même loin d’Haïti”,
murmure à mon oreille une spectatrice d’une soixantaine d’années lors du concert "Rendez-vous avec l’histoire" de Beethova Obas. Ce spectacle, organisé dans le théâtre du Musée, s’est révélé être un franc succès. Fidèle à son style et à ses trois décennies de carrière, Beethova a livré pendant trois heures ses plus belles compositions. À en croire les réactions du public, la prestation a largement répondu aux attentes. 


19h02.
Des bruits d’orage marquent les premières secondes du spectacle, suivis d’une introduction contextualisant l’événement. Malgré la situation chaotique d’Haïti en 2024, les organisateurs ont tenu à commémorer cette date historique : le 18 novembre 1803, la bataille de Vertières, prélude à l’indépendance haïtienne proclamée le 1er janvier 1804. Un extrait du discours d’Edgar Leblanc Fils, prononcé à l’ONU le 26 septembre, a été diffusé. L’ancien président du Conseil présidentiel y rappelait l’épopée de 1804 et la dette imposée par la France, freinant le développement de la jeune nation.

19h07. Beethova, guitare à la main, fait son entrée par le côté gauche de la scène. Le premier morceau est une invitation au rassemblement, un geste plus que nécessaire dans le contexte actuel d’Haïti.

19h13. Après un chaleureux “Je suis très heureux d’être avec vous ce soir,” un spectateur réplique spontanément “nou menm tou” (nous aussi).


De là jusqu’à 21h40, un lien sincère et complice s’est tissé entre l’artiste engagé et une salle comble aux trois quarts. Son œuvre, témoignage de son dévouement à son pays, a ému et enchanté le public.

Des classiques tels que “Nou pa,” “Si,” “Tchele tchele” et “Vant kòde” se sont enchaînés, suscitant parfois des larmes chez les spectateurs. À 20h01, une pause a permis à Beethova de souligner avec humour : “À mon âge, mes fans aussi ont besoin de pauses pour se soulager.”

Pendant l’interlude, l’Ambassadeur d’Haïti au Canada, Weibert Arthus, a remercié l’artiste pour son engagement et sa musique. Une plaque honorifique lui a été remise par la mission diplomatique.

Dans le public, on comptait aussi la présence de la Consule générale d’Haïti à Montréal, Mme Guerline Frédéric Desrosiers.


À 20h34, Beethova revient sur scène sans sa chemise blanche et sa veste bleu marine. Et sans les musiciens et choristes. C’est un maillot noir avec l’inscription “Nou se bon bagay” qu’il présente la deuxième partie du spectacle. 

Il chantera “Bravo manman”, seul sur scène, avec sa guitare, “Bravo manman”. Un pur moment de tendresse. 


“Kè m poze”, le 11e morceau est un mélange de “sauce cubaine, de rythmes haïtiens et d’harmonies brésiliennes”, explique l’artiste.



Suivront “Eleman”, “Bon baya”, “Ti papa” puis finalement “Couleur café” et “Lina”. Dans la dernière partie, face à un public conquis, Beethova a fait de sa la salle son choeur. Celle-ci, enjouée et euphorique, s’est prêtée au rôle.


Ce n’était pas un concert pour danser. Non plus pour se faire caresser le tympan par des accords de voix angéliques. Bien qu’au dernier morceau “Lina”, l’assemblée, comme une seule personne s’est mise debout pour danser et faire entendre sa voix. Ce spectacle a été surtout un moment où la magie des paroles remplies de sens s’est combiné aux instruments pour accoucher une expérience unique. Un temps avec Beethova c’est réfléchir sur nos manquements, nos doutes, nos dérives mais aussi sur notre résilience, nos exploits passés, notre haïtianité, notre identité de peuple inventeur de la liberté.


Gaspard DORÉLIEN

Ottawa,

17.11.24

23h23

samedi 24 août 2024

Bélo, Ottawa, Intimité…

 Dix-neuf ans de carrière et une première prestation à Ottawa. Dans une atmosphère intime, l’artiste de Lakou Trankil a réinventé la scène du Richcraft Theatre, situé dans la chic banlieue d’Orléans à Ottawa. Ce samedi 24 août, Bélo a joué à guichet fermé, captivant un public conquis. Immersion dans un concert où la qualité musicale s’est harmonieusement mêlée à la finesse d’un auditoire averti.

Si le temps peut marquer certaines voix de ses rides, il a, chez Bélo, sublimé la sienne. Tout comme son physique, resté inchangé, le talent du Champion Découvertes RFI Musique du monde 2006 n’a fait que se bonifier. L’artiste engagé a offert à son public un moment de proximité, révélant ses origines, ses défis, ses interdits, et son amour irréversible pour la musique de qualité, ainsi que son attachement profond à son pays natal. Son engagement à chanter ce qui résonne pour Haïti a été au cœur de cette rencontre.

À 19h54, Bélo est monté sur scène sous les applaudissements enthousiastes du public. Le concert a débuté avec "Mizik a Jah", extrait de son premier album paru en 2005 sous le label Solèy Sounds, qui avait déjà marqué l’avènement de l’icône du Ragganga.

Avant le deuxième morceau, Bélo, avec une modestie empreinte de fierté, a partagé ses origines : celles d’un petit garçon rêveur, grandi dans un quartier défavorisé de la capitale haïtienne. En Haïti, la voie artistique est souvent décriée, perçue comme un chemin menant à la débauche, la drogue, et la pauvreté assurée par les parents. Sa mère, analphabète et "Dâme Sarah",voulait pour son fils un avenir stable, loin de la musique. Mais malgré ces interdictions, Bélo a suivi sa passion. S’il a étudié la comptabilité, c’est finalement la guitare qui est devenue sa compagne, sa voix singulière, reconnaissable entre mille, l’a porté sur la scène 

La deuxième musique exécutée est un hommage à ce que Bélo appelle une magnifique ville de son pays, Jacmel.

Entre la troisième et la quatrième chanson, Bélo a raconté l’histoire de "Jasmine", l’unique titre de son premier album qu’il n’a pas écrit. C’est avec celui-ci que le public l’a découvert en 2005. Il a été sur toutes les lèvres à cette époque. Entrainant à souhait, ce texte écrit par Moneyrich, a été enregistré, gracieusement, pour la première fois en 1996, dans le studio du géant de la musique haïtienne, Dadou Pasquet.

Jasmine n’a pu être distribué dans les différentes stations de radio de la capitale pour une seule raison: une cassette de marque TDK Type II. Celle-ci coûtait à l’époque 25 gourdes. L’équivalent de de 25 sous canadiens au taux d’aujourd’hui. Toute l’équipe de Bélo réunie, le manager compris, n’avait pas les moyens pour acheter plusieurs TDK Type II que les radios exigeaient pour recevoir une musique destinée à être diffusé en onde. C’était pour une bonne cause, car l’énorme succès de Jasmine en 2005 à imposer Bélo dans le registre des fabricants de la musique de qualité en Haïti et ailleurs. 

Le public qui pouvait intervenir dans les intermèdes a pressé Bélo de revenir. Surtout à l’hiver pour rameuter, à travers sa musique, la chaleur d’Haïti dans le froid glacial du Canada. 

Pendant deux heures, le public du Richcraft Theatre a voyagé dans l’Haïti du début du millénaire, avec Bélo interprétant seize titres de son répertoire. La soirée a été marquée par des moments d’émotion intense (une âme sensible a versé discrètement de chaudes larmes sur Lakou Trankil). 

À 21h23, les dernières notes du légendaire Lakou Trankil retentit dans la salle, où toutes les chaises, le temps de son exécution, étaient orphelines. Petits, très petits et grands se sont donnés à coeur joie dans ce morceau aux paroles qui réclament la paix, le changement et le respect dans ce qui est considéré comme la plus petite agglomération dans l’espace rural d’Haïti: lakou. Si tous ont dansé, chanté, une certaine personne, obnubilée par une chronique nostalgie d’Haïti, n'arrêtait pas de s’éponger les joues, d’où ruisselaient des larmes brulantes. 

21h40, Jasmine, revisité à l’occasion, a enflammé le théâtre. Ce morceau est resté dans le coeur, la tête et l’âme des plus anciens et a aussi été bien accueilli sur le territoire des plus jeunes. 

Cette prestation de Bélo, loin d’être ordinaire, a été marquée par des éléments extraordinaires. Le guitariste, le batteur, le claviériste et le bassiste, qui n’en étaient qu’à leur deuxième collaboration avec Bélo – après un concert à Montréal la veille –, ont joué avec une telle aisance qu’on aurait pu croire qu’ils accompagnaient l’artiste depuis toujours. Ottawa, habité par un public réputé casanier, a pourtant offert à Belo un événement affiché complet dès le vendredi précédent. Parmi les spectateurs, des enfants de 7 ans côtoyaient des sexagénaires, et tous, d’une seule voix, chantaient les succès de Bélo.

Bélo en toute intimité à Ottawa, un moment de qualité, une communion sincère avec un artiste dont le talent continue de séduire une audience sélective. Le prochain arrêt de l’artiste sera dans le Connecticut, aux États-Unis, le 3 octobre.

Ottawa
24.08.24
23h58