jeudi 20 décembre 2012

Sarodj, la conquérante

Sarodj Bertin au Mandalay Bay Resort en 2010 
Elle est belle. C'est un fait indéniable. Et ce n'est pas que l'avis des milliers de « Facebookers » haïtiens qui la supportent à distance. Sarodj Bertin est peut être la seule candidate favorite à ne pas avoir une impressionnante délégation de compatriotes présente au Mandalay Bay Resort, à Las Vegas. Ce dimanche 22 août, les voix qui l'acclament sur son passage ne sont pas haïtiennes. Elles sont colombiennes, vénézuéliennes, philippines, américaines, péruviennes, mexicaines... dominicaines. Sarodj conquiert Las Vegas. Cette phrase est sur toutes les lèvres : « The haitian pageant is beautiful ».


 Mandalay Bay Resort, Las Vegas Boulevard. En plein coeur de « la ville lumière de l'Amérique ». Ce grand hôtel, remarquable depuis l'avion de Delta Airlines, est certes un centre de grands événements à Las Vegas, mais ce week-end, il accueille l'événement de l'année. Miss Univers. Là, une fille de 24 ans porte avec confiance le ruban d'Haïti sur sa poitrine. Plus de 20 ans depuis que cela n'était pas arrivé. Sarodj Bertin y est. Pour conquérir ! 

Le Convention center qui jouxte le casino est comme une fourmilière qui déborde. La planète entière semble y avoir pris rendez-vous. Ils sont là pour retirer leur ticket pour la finale. Mais ils sont surtout là à fouiner pour rencontrer, photographier, toucher, acclamer... au passage les candidates du concours de beauté. Il est midi à Las Vegas, 14h à Port-au-Prince, quand ces dernières laissent la grande salle pour se rendre au buffet. Une foule hilarante les talonne. Chaque groupe ovationne sa représentante. Mais les latinos semblent être en majorité. 

 Il est midi 25. Sarodj et la Miss Panama, escortées de leur chaperonne, sont les premières à sortir. L'Haïtienne porte une légère et courte robe blanche à volant, des chaussures bleus et un sac marron. Confiante et souriante, la démarche élancée, celle qui fait battre désormais le coeur de nombre de mâles haïtiens traverse le grand hall du Convention center du Mandalay Bay, sous les applaudissements du public de tous les pays présents. Ma caméra la suit jusque dans l'ascenseur. Plus belle que sur les photos, plus vraie que sur ces images qui font le tour du monde sur le net, la fille de feue Me Mireille Durocher Bertin est belle. Je confirme. Dieu a dû revêtir son costume d'artiste quand il faisait concevoir Sarodj Bertin. Haïti ! Haïti ! Clame le public. Sarodj ! Lançai-je. Elle a reconnu une voix haïtienne. A grandes enjambées nous engageons une courte conversation, laissant la Miss Panama et la chaperonne dans l'expectative. Les deux langues qu'elle et moi utilisons doivent leur être inconnues. 

 Finies les hilarités. Sarodj Bertin parle créole. Et mieux que le plus Haïtien des Haïtiens. Une rumeur voudrait faire croire que celle qui arbore Haïti sur sa poitrine à Miss Univers ne parlerait pas Créole, la langue de Dessalines. Peut-être encore mieux que le français, la Sarodj Bertin avec qui j'ai parlé ce dimanche s'exprime, avec naturel et sans accent, en créole. « Kòman m ta fè pa pale kreyòl ? se pa Ayisyen m ye ?», rétorque-t-elle. 

L'ascenseur se referme. Un dernier signe de la main. Le flash de ma caméra brille. Un autre instant immortalisé. Je retourne faire le guet devant l'entrée du buffet. On parle encore du « haitian pageant ». On ignore comment elle y est parvenue, mais Sarodj conquiert l'admiration de tous. 

 Les autres candidates se mettent en ligne. Elles sortent. Les déclencheurs des caméras n'ont pas de repos. Viva Colombia ! Viva Venezuela !... ! Suivies de la foule, elles retournent dans la grande salle. Les répétitions vont se poursuivre. 

Dix minutes plus tard, Haïti et le Panama, flanquées de leur chaperonne reviennent. On accourt vers elles. Mais c'est Sarodj l'objet de la grande admiration. On se bouscule. On la précède. On la veut de face. Pressée, mais elle joue le jeu. Son sourire doit être sur tous les clichés. Les « It's enough » de la chaperonne ne changent rien. On la suit jusqu'à l'entrée super sécurisée du grand hall qui conduit à la grande salle. 

Comme dans l'ascenseur, à ma demande, un dernier signe de la main cristallise notre séparation. La porte se referme derrière elle. Plus tard les doigts vont se croiser. Si Sarodj gagne, le monde en sera content. Puisque par le coeur et par l'esprit, l'Haïtienne conquiert tout le monde.

Gaspard DORÉLIEN 
Las Végas, NV 

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